Pour célébrer le centenaire de la Maison Fragonard, le musée Jean-Honoré Fragonard de Grasse consacre une exposition estivale au regard du peintre sur l'enfance. Intitulée « Fragonard, l'enfant chéri de Grasse », elle est visible jusqu'au 18 octobre 2026 et réunit une trentaine d'œuvres, dont certaines inédites. La commissaire Carole Blumenfeld propose une lecture intime de l'artiste, loin de l'image du peintre des scènes galantes, et met en lumière sa fascination pour la maternité et les premiers instants de la vie.
Un parcours intime autour de la maternité
L'exposition s'ouvre avec « Jeune couple contemplant son enfant » (vers 1775), une œuvre issue de la collection Hélène et Jean-François Costa du musée Fragonard. Ce tableau a initié le projet. Dans les toiles de Fragonard, l'enfance devient un monde à part, fait de gestes tendres et de regards complices. À une époque où les Lumières renouvellent la réflexion sur l'éducation, Fragonard donne à la maternité une place centrale. Contrairement aux représentations plus distantes de l'école du Nord, il privilégie la proximité : les gestes deviennent des caresses, la mère porte souvent l'enfant vers la lumière, symbole d'éveil et d'ouverture au monde.
Cette vision contraste avec celle d'autres peintres qui représentent les tensions familiales. Fragonard célèbre une enfance protégée, nourrie par la tendresse. Ce regard sur les femmes trouve ses racines dans l'enfance du peintre. Né à Grasse en 1732, il grandit entouré de figures féminines protectrices, notamment sa tante et sa marraine. Des recherches récentes montrent un environnement familial où les femmes pouvaient hériter des savoirs et bénéficier d'une liberté de choix peu commune pour l'époque.
Le livre et le berceau : motifs signatures
Tout au long de l'exposition, deux motifs reviennent comme des signatures : le livre et le berceau. Chez Fragonard, le livre est souvent associé aux figures féminines, à la transmission et à l'apprentissage. La lecture devient une autre manière de materner l'enfant, dans un siècle où la réflexion sur l'enfance prend une place nouvelle. Le berceau, lui, dépasse son simple rôle d'objet : il évoque l'abri protecteur du nouveau-né et le lieu d'origine, du commencement.
Parmi les visages d'enfants, celui d'un bambin revient : Fanfan. Sa récurrence est telle que les spécialistes doutent. Fanfan aurait pu exister et être un petit frère de Rosalie, la fille du peintre, disparu en bas âge. Avec lui, Fragonard capture la période où l'enfant n'est plus un nourrisson mais pas encore un grand, avec ses gestes parfois maladroits.
Une sensibilité intime après la mort de Rosalie
L'exposition révèle aussi une sensibilité plus intime. Après la mort de sa fille Rosalie, Fragonard renonce aux éclats de couleurs pour des camaïeux de gris et bruns, comme dans « L'Enfant mort ». À travers ses scènes religieuses ou de genre, il développe une fascination pour les commencements. Les arbres, les paysages, les nourrissons : tout semble participer d'un même mouvement vital. Son œuvre cherche moins à figer l'enfance qu'à en conserver la dynamique des premiers gestes et des premières émotions.
Cette exposition est la sixième proposée dans ce musée par la commissaire Carole Blumenfeld. Elle s'inscrit dans le cadre du centenaire de la Maison Fragonard, célèbre parfumeur grassois. Le musée Jean-Honoré Fragonard est situé à Grasse, dans les Alpes-Maritimes. L'entrée est libre. L'exposition est ouverte du 19 juin au 18 octobre 2026.



