Exposition Chagall à Nice : les secrets du plafond de l'Opéra Garnier
Exposition Chagall à Nice : les secrets du plafond de l'Opéra

Au musée Chagall à Nice, une exposition vous révèle les secrets du célèbre plafond peint par l’artiste à l’Opéra Garnier à Paris. Jusqu’au 21 septembre, une sélection surprenante de dessins et sculptures de Marc Chagall est exposée. Parmi ces trésors se trouvent les maquettes réalisées par le peintre lors de la conception du plafond de l’Opéra Garnier, dans les années soixante. Retour sur les origines de cet acte qui fit date dans l’histoire de l’art.

Un défi monumental pour le peintre

Depuis plus d’un demi-siècle, des millions de paires d’yeux se lèvent vers les couleurs éclatantes qui embrassent le grand lustre de l’Opéra Garnier à Paris sans imaginer qu’elles furent un jour au cœur d’une tempête. L’histoire, que raconte Chagall à l’œuvre volet 2, l’exposition - fruit d’une récente donation exceptionnelle -, qui se tient au musée Chagall à Nice jusqu’au 21 septembre, commence au début des années 1960. André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles, assiste à une représentation de Daphnis et Chloé de Ravel à l’Opéra de Paris. Selon une anecdote rapportée par Le Figaro, l’écrivain et ministre s’ennuie ferme. Son regard quitte la scène pour se poser sur le plafond peint à la fin du XIXe siècle par Jules Eugène Lenepveu. Puis il se tourne vers Marc Chagall, auteur des décors du spectacle. L’idée jaillit : confier à Chagall une nouvelle voûte pour l’Opéra parisien.

Lorsque Malraux lui propose officiellement le projet, Chagall hésite. En témoigne la correspondance exposée au musée niçois du quartier Cimiez. À 75 ans, l’artiste, installé à Vence, craint les commandes. « J’étais troublé, touché et ému », confiera-t-il lors de l’inauguration du 23 septembre 1964. « Je doutais de moi, de mon travail. » C’est finalement l’encouragement de son épouse qui le pousse à tenter l’aventure. Le défi est immense. Chagall sait qu’il intervient dans l’un des monuments les plus prestigieux de France. Il passe des mois à réfléchir au dialogue entre son univers et l’architecture de Charles Garnier. Son ambition n’est pas d’effacer le passé mais de lui rendre hommage. « J’ai voulu, en haut, tel dans un miroir, refléter en un bouquet les rêves, les créations des acteurs, des musiciens. »

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Dans son atelier baigné par la lumière méditerranéenne, le peintre réalise des dizaines d’esquisses. Passionné de musique qu’il écoute en boucle pour nourrir ce projet, il imagine une immense célébration des arts lyriques et chorégraphiques. Mozart, Ravel, Debussy, Berlioz ou Tchaïkovski prennent place dans une composition éclatante où se mêlent danseurs, amoureux flottants et monuments parisiens. Dans une vitrine du musée Chagall, trône les premières ébauches les unes à côté des autres. Des sortes de disques dépourvus de couleurs qui permettent de saisir le processus artistique de Chagall.

Une création au cœur de la polémique

Mais l’annonce du projet provoque un tollé. Beaucoup dénoncent une atteinte au patrimoine. Pour calmer les esprits, les autorités précisent que le plafond de Lenepveu sera conservé sous la création de Chagall et que les panneaux, calés 10 cm en dessous du plafond original, pourront être démontés à tout moment. Une précaution qui se révélera, jusqu’ici et malgré quelques tentatives de demande de retour au plafond originel, symbolique. Réalisée sur douze panneaux assemblés dans un hangar de Meudon, l’œuvre couvre près de 220 mètres carrés. Inaugurée en septembre 1964, elle suscite encore des réactions passionnées.

L’exposition - qui présente également des esquisses pour une production de L’Oiseau de feu donnée par le Ballet Theatre de New York en 1944 ainsi que des collages très rarement exposés - revient aussi sur la polémique. Des extraits de journaux de l’époque, certains aux titres cinglants sont reproduits. Puis, peu à peu, la polémique s’efface derrière l’évidence visuelle.

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Lors de son discours d’inauguration, Chagall résume l’esprit de son travail avec la simplicité qui le caractérise : « Chanter comme un oiseau, sans théorie ni méthode. » Avant de conclure par un hommage à son pays d’adoption : « J’ai travaillé de tout mon cœur et j’offre ce travail en don, en reconnaissance à la France et à son École de Paris, sans lesquelles il n’y aurait ni couleur ni liberté. »

Musée Chagall, avenue Dr Ménard à Nice. Tous les jours sauf mardi de 10h à 13h et de 14h30 à 18h. Entrée 12 euros. Rens. 04.93.53.87.20 ou sur musees-nationaux-alpesmaritimes.fr/chagall/