Et si la Régordane se faisait du sud vers le nord ?
Et si la Régordane se faisait du sud vers le nord ?

L'Académie de Saint-Gilles et de la Camargue, par l'intermédiaire de son secrétaire perpétuel Jacques Jaume, propose une nouvelle approche du chemin de Régordane : le parcourir du sud vers le nord, de Saint-Gilles au Puy-en-Velay. Cette initiative vise à redonner vie à un itinéraire majeur du Moyen Âge, en inversant le sens traditionnel du parcours.

Un itinéraire majeur du Moyen Âge

Le chemin de Régordane constituait un axe transfrontalier essentiel durant la période médiévale. Façonné par une faille géologique préexistante, il articulait les pèlerinages, le commerce du sel et des étoffes, ainsi que l'affirmation du pouvoir féodal dans les Cévennes. Il représentait la section méridionale de l'itinéraire reliant Paris au Bas-Languedoc, permettant de contourner les verrous du couloir rhodanien, soumis aux crues dévastatrices et aux péages seigneuriaux, tout en évitant les reliefs de la Margeride.

L'itinéraire reliait deux pôles spirituels et économiques majeurs de l'Occident médiéval : au nord, Le Puy-en-Velay, sanctuaire marial où convergeaient les flux venus du nord et du sud de l'Europe ; au sud, l'abbaye de Saint-Gilles, qui abrite le tombeau de saint Gilles, cinquième lieu de pèlerinage de la chrétienté après Jérusalem, Rome, Rocamadour et Saint-Jacques-de-Compostelle.

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Une artère commerciale stratégique

Au-delà de sa vocation dévotionnelle, la Régordane s'affirmait, dès le XIIᵉ siècle, comme une artère commerciale avec la remontée du sel camarguais, des vins languedociens et des épices méditerranéennes vers les régions du Nord. Elle concentrait également la descente des laines, des céréales et des productions manufacturées. Ce flux a favorisé la création de forteresses, comme le château de Portes, érigé pour assurer la sécurité des marchands tout en permettant la perception d'un péage.

L'essor des axes rhodaniens et maritimes au XIVᵉ siècle amorça le déclin relatif de cet itinéraire. Cependant, les profondes ornières creusées dans la roche par le passage des chariots témoignent encore de la densité des échanges qui ont forgé l'identité de cet espace de transition entre les mondes d'oïl et d'oc.

Selon Jacques Jaume, secrétaire perpétuel de l'Académie de Saint-Gilles et de la Camargue, "parcourir la Régordane à l'envers permet de redécouvrir l'importance historique de Saint-Gilles comme point de départ, et non plus seulement comme destination". Cette proposition invite à envisager le chemin sous un angle nouveau, en valorisant le patrimoine local et en attirant l'attention sur un itinéraire souvent méconnu du grand public.

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