Ernest Pignon-Ernest : l'art urbain en majesté en Provence
Ernest Pignon-Ernest : l'art urbain en majesté en Provence

Deux expositions estivales en Provence mettent à l'honneur l'œuvre d'Ernest Pignon-Ernest, figure majeure de l'art urbain. À Carpentras, l'Inguimbertine présente « Ombres de Naples », consacrée aux réalisations italiennes de l'artiste entre 1988 et 2015. Parallèlement, le musée Ziem de Martigues lui offre une carte blanche retraçant près de soixante ans de création, avec environ 200 œuvres et documents.

Un précurseur engagé dès 1966

Né à Nice en 1942, Ernest Pignon-Ernest est considéré comme l'un des pionniers de l'art urbain en France. Son engagement dans l'espace public commence en 1966, lorsqu'il réagit à l'implantation de la force de frappe nucléaire sur le plateau d'Albion. Il réalise alors sa première action artistique en plein air, pochant sur des façades de sa région natale la silhouette fantomatique d'une victime d'Hiroshima, issue d'une photographie prise après le bombardement atomique.

Bien qu'il abandonne ensuite cette technique au profit du collage, cette première œuvre contient déjà tous les éléments de son langage plastique : faire dialoguer une figure avec son environnement, convoquer le passé dans le présent, et transformer un décor quotidien en support de réflexion.

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La rue comme champ d'expérimentation

L'exposition de Martigues dévoile comment Ernest Pignon-Ernest a choisi la rue comme terrain de jeu bien avant que le terme « street art » n'entre dans le vocabulaire courant. Ses interventions visent à révéler les strates invisibles d'un territoire et les récits qui l'ont façonné. Le dessin y apparaît comme une présence, presque une apparition, en résonance avec l'histoire d'un quartier, d'un monument ou d'un paysage.

Les carnets de travail exposés permettent de suivre le processus créatif de l'artiste, qui observe longuement chaque contexte avant d'y poser son empreinte. Chaque projet naît d'une immersion, d'une écoute et d'un dialogue avec ce qui préexiste.

Une galerie humaniste

Les grandes figures qui jalonnent son œuvre – Arthur Rimbaud, Pier Paolo Pasolini, Robert Desnos, les victimes de la Commune de Paris, les migrants ou encore les anonymes rencontrés lors de ses voyages – composent une galerie profondément humaniste. Ernest Pignon-Ernest porte une attention égale aux êtres fragiles, aux oubliés de l'Histoire, et à ceux dont la présence continue de hanter notre imaginaire collectif.

Un lien intime avec Martigues

L'exposition met également en lumière une histoire plus personnelle : celle qui relie l'artiste à Martigues depuis plus de quarante ans. Au début des années 1980, alors que le musée Ziem emménage dans son bâtiment actuel, Ernest Pignon-Ernest y réalise une dizaine de dessins intégrés à l'architecture, encore visibles aujourd'hui. Ces œuvres précèdent l'aventure des Aborigènes, également conçus dans la Venise provençale.

Des photographies, rassemblées par l'artiste au fil des décennies, témoignent de ces liens. Elles rappellent que les façades, les portes murées, les escaliers et les placettes sont pour lui de véritables partenaires de création. Le temps efface progressivement ces images, mais il en reste les clichés et l'émotion qu'elles ont suscitée.

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