Ballet oublié : l'exposition du musée Fernand Léger à Biot
Ballet oublié : l'exposition Léger à Biot

Le Musée national Fernand Léger, à Biot, consacre son exposition estivale à « Léger et la Création du monde, un ballet d’avant-garde », jusqu’au 12 octobre 2026. Cette exposition plonge dans l’une des œuvres les plus audacieuses du XXe siècle, un ballet presque disparu des mémoires.

Un ballet oublié ressuscité

De « La Création du monde », il ne subsiste aucune captation originale, seulement quelques photographies et témoignages. Les équipes du musée ont relevé le défi de reconstituer l’histoire de ce ballet en réunissant une collection complète : les œuvres conservées au musée de Biot, celles du Dansmuseet de Stockholm, ainsi que plusieurs prêts de collections privées. L’exposition rassemble des dessins, des lettres et des archives inédites qui permettent de comprendre la naissance de cette œuvre hors norme.

Cinq artistes pour une œuvre totale

Créée en 1923 pour les Ballets Suédois du Théâtre des Champs-Élysées, « La Création du monde » est le fruit d’une collaboration unique. Entre 1920 et 1925, la troupe fondée par Rolf de Maré s’impose comme un laboratoire artistique où se rencontrent danse, musique, littérature et arts plastiques. Autour du projet se réunissent cinq figures : le mécène Rolf de Maré, le danseur et chorégraphe Jean Börlin, le poète Blaise Cendrars, le compositeur Darius Milhaud et le peintre Fernand Léger. Ensemble, ils abolissent les frontières entre les disciplines pour créer une véritable œuvre d’art totale.

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Des décors dansants

L’exposition débute par une introduction au premier ballet de Fernand Léger, « Skating Rink » (1922). L’artiste s’intéresse de plus en plus aux arts du spectacle. Pour lui, la scène est un nouveau terrain d’expérimentation. Léger compose un univers aux couleurs franches et aux formes géométriques. Les personnages semblent absorbés dans un ballet mécanique et hypnotique. Les costumes deviennent des décors mobiles, portés par les danseurs. Mais cette esthétique ne fait pas l’unanimité. À l’époque, les propositions de Léger dérangent. Son langage visuel post-cubiste, radical et coloré, provoque de vives réactions, notamment de la presse, comme le montre l’exposition.

Le ballet, d’une vingtaine de minutes, raconte la naissance du monde. Contrairement aux représentations traditionnelles, les humains, Adam et Ève, restent au second plan derrière les animaux et la nature. Les décors, imaginés par Léger, reprennent une palette imposée par Blaise Cendrars : le noir, le blanc et les ocres. L’univers visuel puise dans des inspirations africaines et océaniennes, trouvées dans des livres photographiques et des ouvrages exposés. Certaines esquisses sont accompagnées de l’objet qui a inspiré Fernand Léger.

Une partition révolutionnaire

La partition originale de Darius Milhaud révèle elle aussi une volonté de rupture. Le compositeur mêle musique symphonique et influences du jazz. Cette partition sera plus tard reconnue comme l’une des œuvres majeures de Milhaud.

Une œuvre porteuse d’espoir

Derrière l’audace esthétique, « La Création du monde » raconte une histoire humaine. Elle naît dans l’entre-deux-guerres, alors que deux de ses créateurs, Cendrars et Léger, portent encore les blessures du conflit : l’un a perdu un bras, l’autre a été exposé aux gaz moutarde. Leur projet devient une quête d’harmonie : reconstruire un monde nouveau en réunissant les êtres vivants, les formes, les sons et les mouvements.

Reconstitution du ballet

Dans l’auditorium, une reconstruction du ballet réalisée en 2000 est présentée. Elle a été menée par deux chorégraphes, Millicent Hodson et Kenneth Archer, qui se définissent comme des archéologues de la danse. Leur travail consiste à retrouver les gestes disparus à partir des rares documents disponibles. Ils ont également repensé les costumes : le bois est remplacé par de la mousse, limitant moins les mouvements. Avec cette exposition, le musée invite à découvrir l’univers artistique d’un groupe de créateurs, mais surtout d’amis, qui voulait faire entrer la modernité sur scène.

Jusqu’au 12 octobre 2026. Au Musée National Fernand Léger de Biot. Tarif : 10 euros.

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