Nant : 82 ans après, un livre raconte les journées tragiques d'août 1944
Nant : un livre sur les tragiques journées d'août 1944

Les 14 et 15 août 1944, le village de Nant, dans l'Aveyron, a été le théâtre d'un violent accrochage entre les maquisards des Corsaires et la 11e Panzerdivision allemande. Ce drame, qui a coûté la vie à neuf personnes, dont deux civils exécutés dans la rue, est aujourd'hui raconté dans un ouvrage publié par Jean-Louis Panné, intitulé Nant été 44.

Un récit documenté pour ne pas oublier

Jean-Louis Panné, habitant de la commune, a voulu comprendre ce qui s'était passé. « Je ne suis pas natif de l'Aveyron mais j'y suis venu en 1973 pour aider à construire une bergerie, j'ai noué de solides amitiés avec les gens du plateau, j'y suis revenu tout au long de ma vie et pour ma retraite ai choisi de m'y installer », explique-t-il. Ancien éditeur chez Gallimard, il s'est toujours intéressé à la Seconde Guerre mondiale. « À Nant, j'ai été très intrigué par ce nom du maquis des Corsaires. J'ai voulu en savoir plus », confie-t-il.

Le maquis des Corsaires, initialement nommé maquis de Mandagout, dans le Gard, a été rebaptisé en hommage au colonel Guillaut, arrêté et exécuté par les Allemands, dont le pseudonyme était « le corsaire ». À l'origine, cette organisation était dirigée par le pasteur de Mandagout, Georges Gillier, qui cachait des réfractaires au STO, à la demande d'une ancienne postière du Vigan. Le maquis a ensuite été intégré à l'Ora, l'Organisation de la Résistance armée.

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L'accrochage du 14 août 1944

Fin juillet 1944, l'état-major de l'Ora demande au maquis des Corsaires de rejoindre les maquis du Sud-Aveyron. Une centaine d'hommes traversent les Cévennes de nuit et à pied pour arriver dans le secteur de Nant. Le 13 août, une opération de sabotage est prévue au Pas de l'Escalette, mais elle ne se déroule pas comme prévu : la route n'est que partiellement détruite. Le 14 août, en début d'après-midi, les maquisards reprennent le chemin de Nant et traversent le village pour rejoindre le Mas des Pommiers, l'un de leurs camps de base. Ils choisissent un itinéraire principal, ce qui s'avérera fatal, car la 11e colonne blindée allemande, venue d'Albi, arrive sur la route des Liquisses, qui surplombe le village.

Jean-Louis Panné a interrogé des témoins, dont Pierre Martin, aujourd'hui âgé de 101 ans, et Gilberte Laurent. Pierre Martin se souvient : « Nous avons entendu le bruit d'un camion et des gars qui chantaient la Marseillaise à tue-tête. Nous nous sommes précipités dans la pièce du devant pour voir de quoi il s'agissait. Nous avons vu un camion avec une vingtaine de maquisards, la mitraillette en bandoulière [...]. Quatre à cinq minutes après, nous avons entendu les crépitements d'une mitrailleuse. »

Bilan : neuf morts et un village traumatisé

Les Allemands, bien plus nombreux – la colonne comporte plus de 400 véhicules –, ripostent rapidement. Les maquisards sautent du camion et s'échappent dans les jardins ou courent vers la Dourbies. Les échanges de tirs font deux morts côté Corsaires : Manuel Cuenca et Jean Boudon. Les Allemands ratissent ensuite le village, fouillent toutes les maisons et en pillent beaucoup. Ils forcent la porte d'une maison et s'emparent de Paul Pagès et de son neveu Charles Causse, qui sont fusillés dans la rue. Tous les hommes du village, environ 160, sont rassemblés sur la place du Claux, devant la bascule de pesage.

Léon Eisenmann, un Alsacien qui parle allemand, convainc l'ennemi que Nant ne cache pas de maquisard. Comme aucun Allemand n'a été tué, il n'y aura pas d'otage. Mais deux maquisards, Alain Robic et Joseph Quehec, sont fusillés sous une arche des Halles. Trois autres résistants, Jean Estournel, Ludovic Teysseyre et François Huber, ignorant les échauffourées, passent par Nant et sont également exécutés. Au total, neuf personnes perdent la vie. Dans la nuit du 15 au 16 août, les Allemands quittent Nant, tandis que le Débarquement de Provence change le cours du conflit. Le village, lui, reste marqué à jamais par ces journées tragiques.

L'ouvrage de Jean-Louis Panné, Nant, été 44, La Résistance, Les Corsaires, est disponible au prix de 16 euros.

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