Jean-François Leroy : les photographes ne savent plus raconter leurs histoires
Jean-François Leroy : les photographes ne savent plus raconter

Jean-François Leroy, fondateur et directeur du festival Visa pour l'image à Perpignan, a livré un constat sans appel lors d'un entretien au Point : selon lui, les photographes d'aujourd'hui ne savent plus raconter leurs histoires. Ce festival, qui se tient chaque année depuis 1989, est un rendez-vous incontournable du photojournalisme mondial.

Un constat sévère sur l'évolution du métier

« Les photographes ne savent plus raconter leurs histoires », affirme Jean-François Leroy. Il pointe du doigt une perte de la capacité narrative chez les jeunes photographes, qui privilégient souvent l'image isolée au détriment d'un récit construit. Selon lui, cette évolution est liée à la pression des réseaux sociaux et à la rapidité de la diffusion de l'information.

Leroy explique que « le métier a changé, les écoles forment moins à la narration longue ». Il regrette que les photographes soient devenus des « producteurs d'images » plutôt que des « raconteurs d'histoires ». Pour lui, la force du photojournalisme réside dans sa capacité à immerger le spectateur dans une réalité complexe.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Visa pour l'image : un festival en mutation

Le festival Visa pour l'image, qui se déroule du 28 août au 3 septembre 2023, accueille cette année 24 expositions. Il attire chaque année plus de 200 000 visiteurs. Leroy souligne que « le festival doit s'adapter aux nouvelles pratiques sans perdre son âme ». Il insiste sur la nécessité de maintenir une exigence éditoriale forte.

Parmi les expositions phares de cette édition, on trouve des reportages sur la guerre en Ukraine, la crise climatique ou encore les migrations. Leroy note que « les sujets sont de plus en plus globaux, mais les histoires locales restent essentielles ».

Une critique du système médiatique

Jean-François Leroy n'épargne pas non plus les médias traditionnels. Il estime que « les rédactions ont réduit leurs budgets photo et privilégient les images d'agence ». Cela conduit, selon lui, à une uniformisation des visuels et à une perte de diversité des points de vue.

« Les photographes indépendants sont les premières victimes de cette tendance », ajoute-t-il. Il appelle à un retour à un photojournalisme de fond, où l'image est au service d'un récit documenté.

Un appel à la formation et à l'engagement

Pour remédier à cette situation, Leroy préconise une meilleure formation des jeunes photographes à la narration. « Il faut leur apprendre à construire un reportage, à choisir les images clés, à créer une séquence », insiste-t-il.

Il encourage également les photographes à s'engager sur le long terme sur un sujet, plutôt que de multiplier les reportages superficiels. « Les grandes histoires demandent du temps et de la persévérance », rappelle-t-il.

Le festival Visa pour l'image reste, selon son fondateur, un lieu de résistance pour un photojournalisme exigeant. « Nous continuerons à défendre une photographie qui raconte le monde, dans toute sa complexité », conclut Jean-François Leroy.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale