Depuis la mort de Jean Giraud, dit Mœbius, en 2012, sa veuve Isabelle Giraud s'est lancée dans une quête acharnée pour rassembler l'ensemble de son œuvre. Elle est devenue, selon ses propres mots, « la personne à abattre » pour certains collectionneurs et marchands d'art.
Une mission de préservation
Isabelle Giraud estime que l'héritage de Mœbius, figure majeure de la bande dessinée, est dispersé aux quatre coins du monde. Elle a entrepris de le réunir pour le préserver et le rendre accessible au public. « Je suis devenue la sorcière à abattre », confie-t-elle, faisant référence aux tensions que sa mission suscite.
Elle a notamment récupéré des planches originales de séries emblématiques comme Blueberry ou L'Incal, souvent auprès de collectionneurs réticents. « Certains ont accepté de me les vendre, d'autres ont refusé catégoriquement », explique-t-elle.
Un combat juridique et affectif
Au-delà de la simple collection, Isabelle Giraud a dû engager des procédures judiciaires pour faire valoir ses droits. Elle a ainsi obtenu la restitution de plusieurs œuvres qui avaient été vendues sans son accord. « C'est un travail de fourmi, mais chaque planche retrouvée est une victoire », dit-elle.
Son combat est aussi personnel : elle souhaite que l'œuvre de son mari soit reconnue à sa juste valeur, notamment par les institutions culturelles. « Mœbius mérite une place au Panthéon de l'art du XXe siècle », affirme-t-elle.
Des obstacles et des critiques
Cette croisade n'est pas sans susciter des critiques. Certains l'accusent de vouloir contrôler le marché de l'art autour de Mœbius. « On me dit que je veux tout garder pour moi, mais c'est faux. Mon but est de partager cet héritage avec le plus grand nombre », se défend-elle.
Isabelle Giraud a également dû faire face à des problèmes de santé et à l'épuisement. « Parfois, je me demande si j'en ai la force », avoue-t-elle. Mais elle poursuit, portée par la conviction de sa mission.
Un projet de musée
Son objectif ultime est la création d'un musée dédié à Mœbius. « Nous avons déjà des contacts avec plusieurs villes, mais rien n'est encore signé », précise-t-elle. Ce lieu permettrait de présenter au public les originaux et de promouvoir l'œuvre du dessinateur.
En attendant, elle continue de rassembler et de cataloguer les pièces. « Chaque jour, je découvre quelque chose de nouveau sur son travail. C'est une aventure sans fin », conclut-elle.



