Un film primé au Cinemed de Montpellier
Découvert au dernier Cinemed, à Montpellier, le beau film de Gaya Jiji suit le parcours d'une réfugiée syrienne pour trouver sa place et renouer avec la vie, malgré l'exil. Prix d'interprétation à Cannes en 2022 pour Les nuits de Mashhad d'Ali Abbasi, l'actrice iranienne Zar Amir Ebrahimi s'impose comme l'un des nouveaux visages les plus significatifs du cinéma mondial. Après les très réussis Les survivants, Tatami et Lire Lolita à Téhéran, elle fait une nouvelle fois des merveilles dans L'étrangère.
Le personnage de Selma, une Syrienne en exil
Zar Amir y incarne Selma, une Syrienne qui a fui la répression dans son pays, en laissant derrière elle Rami, son fils de 6 ans, et Iyad, son mari disparu depuis des années dans les geôles du régime. Arrivée à Bordeaux au terme d'un voyage périlleux, elle survit en enchaînant les boulots au noir, dans le nettoyage et la restauration. Clandestine et isolée, elle veut clarifier sa situation et faire venir son fils. Aussi va-t-elle tout faire pour obtenir l'aide de l'avocat Jérôme, qui vient régulièrement à la brasserie où elle fait la plonge.
Une mise en scène sobre et des silences éloquents
Elle-même exilée d'origine syrienne, la réalisatrice Gaya Jiji dit avoir voulu raconter avec L'étrangère non seulement la complexité byzantine, et parfois la cruauté du parcours administratif des réfugiés, mais aussi le sentiment plus profond, universel, de se sentir comme "étranger" à soi-même et aux autres. Elle ne surligne rien, procède par ellipses, se montre économe en gestes et en paroles, et porte une grande attention aux silences et aux regards qui, dans ce film, sont excessivement éloquents.
Un combat solitaire et une quête d'identité
On est ainsi témoin du combat solitaire de Selma, de sa quête d'identité : la légale, la sensuelle, la sentimentale. Ainsi, l'étrangère va se rapprocher de l'avocat qui, à son contact, prend conscience qu'il l'est lui aussi, étranger à sa vie. Avec leur rencontre, et un retournement aussi craint qu'attendu, le film bascule dans le mélodrame sans rien céder de sa rigueur ni de sa sobriété. Une juste distance, pour ne pas dire une dignité, qui doit beaucoup, on y revient, au talent exceptionnel de ses comédiens : la merveilleuse Zar Amir, mais aussi le sensible Alexis Manenti et le charismatique Amr Waked. Bouleversant !



