Le divorce est devenu un ressort narratif majeur des séries télévisées contemporaines. La preuve avec War, diffusée sur HBO Max depuis le 2 octobre, qui met en scène la séparation mouvementée d'un milliardaire de la tech et d'une star de cinéma.
Un divorce spectacle au cœur de War
Dans cette nouvelle série de George Kay, connu pour Lupin et Hijack, Morgan Henderson (Dominic West), milliardaire de la tech, fait remettre à son épouse Carla Duval (Sienna Miller), star de cinéma, les documents de leur séparation en pleine avant-première. Un tapis rouge, des photographes et des papiers de divorce : la scène d'ouverture donne le ton. Le couple se retrouve alors au cœur d'une bataille entre deux cabinets d'avocats londoniens. Argent, réputation, coups bas… Dans ce thriller judiciaire, la fin du mariage marque surtout le début des hostilités.
Cette fiction s'inscrit dans une tendance plus large. Divorce (2016-2019) mettait en scène Sarah Jessica Parker affrontant l'usure de son mariage avec une ironie mordante. The Split (2018-2022) mêlait les séparations de riches clients à celles des avocates qui les défendent. Plus intime, Anatomie d'un divorce (2022) reprenait, au fil des épisodes, une rupture d'abord racontée du point de vue du mari, puis de celui de son épouse. On ne cherche plus seulement à savoir si un couple va tenir, mais à comprendre comment il a échoué.
Le divorce, un feuilleton idéal pour les scénaristes
« Dans les années 2000-2010, il y avait des séries là-dessus, mais plutôt axées sur l'après-divorce », observe Barbara Dupont, chercheuse à l'IHECS/UCLouvain et spécialiste des séries télévisées. Elle cite Old Christine (2006-2010) et Cougar Town (2009-2015), centrées sur les nouvelles vies d'héroïnes divorcées. La tendance actuelle est différente : elle explore le processus même de la séparation.
Un secret dévoilé, une négociation qui dérape, un avocat qui abat sa dernière carte… Pas étonnant que les scénaristes se saisissent de la séparation. « Le divorce a un début clair, une fin claire et, entre les deux, une durée indéterminée », résume Barbara Dupont. De quoi alimenter plusieurs épisodes sans perdre le fil. War fait du divorce un véritable combat judiciaire, où les avocats défendent autant leur réputation que leurs clients. Anatomie d'un divorce s'intéresse de son côté à ce qu'un couple ne s'est jamais dit. Deux façons de transformer la fin d'un couple en feuilleton passionnant.
Derrière la rupture, l'argent et la représentation
Encore faut-il regarder qui divorce à l'écran. « Quand je liste les différentes séries qui parlent de divorce, on parle quasi exclusivement des divorces de couples hétéros, de couples blancs et de couples riches », constate Barbara Dupont. Dans War, les époux se déchirent autour d'une fortune qui se compte en millions. Dans The Split, les dossiers défilent dans des cabinets feutrés londoniens. Même Anatomie d'un divorce, moins flamboyante, suit des New-Yorkais privilégiés. Les problèmes de fins de mois restent donc généralement hors champ.
« Cela s'inscrit dans une tendance très présente dans les séries : représenter la richesse et l'ultra-richesse », souligne la chercheuse, qui rapproche ce phénomène de Succession. Ces fictions ne cherchent pas forcément à mettre au jour les inégalités que la séparation peut creuser, mais prolongent la fascination du public pour les puissants. Le prestige est double : il y a celui des fortunes à l'écran et, de l'autre côté, les productions portées par des grands noms. Une histoire intime prend rapidement des allures d'affrontement spectaculaire.
Le mariage a-t-il cessé de faire rêver ?
Peut-on dire que le mariage a cessé de faire rêver ? Pas si simple. « L'institution du mariage perd en crédibilité, commence à être représentée comme désuète. Mais l'injonction à être en couple reste. C'est comme si la forme privilégiée pour être en couple avait simplement changé, mais que l'injonction restait la même », analyse Barbara Dupont. Quitter son conjoint n'empêche donc pas les héroïnes d'être sommées de retrouver l'amour.
« Plus que les séries sur le divorce, ce sont les séries qui parlent d'amitié, de faire famille autrement, qui parlent le mieux d'émancipation », ajoute l'experte. On reste toutefois volontiers pendant plusieurs heures devant ces règlements de comptes. Barbara Dupont pointe du doigt leur pouvoir d'attraction : « Le sale, le moche, le violent, le douloureux, tout cela capte très bien l'attention. » Dans War, les époux voudraient en finir, contrairement à leurs avocats soucieux de trouver le meilleur deal. Les scénaristes, eux, ont huit épisodes pour faire durer la rupture.