Le comédien Simon Abkarian, qui a tourné sous la direction de Tony Gatlif dans « Djam » en 2017, salue la mémoire du cinéaste, décédé le 2 septembre à l’âge de 77 ans. Dans un témoignage poignant, il affirme que « Tony Gatlif va manquer au cinéma », évoquant un univers unique, celui « des oubliés, des laissés-pour-compte, celui des dansants, des festoyants dans la misère ».
Un hommage vibrant au réalisateur disparu
Simon Abkarian, récent interprète du général de Gaulle dans les films d’Antonin Baudry, se souvient avec émotion de sa collaboration avec Tony Gatlif. « Tony, c’était un dingue, un fou - il n’était pas toujours facile - mais j’aimais ça », confie-t-il. Il cite parmi ses œuvres marquantes « Vengo » (2000), « Gadjo Dilo » (1997) et « Latcho Drom » (1993), ce dernier étant le premier film qu’il a vu de lui.
L’acteur, né en 1962 à Gonesse, raconte une anecdote sur le tournage de « Djam » : « On est sur un bateau, il voit un pêcheur grec passer, me lance “dis-lui un truc en grec”, moi : “mais je ne parle pas grec”, il me souffle une phrase, je la dis au pêcheur, et ainsi de suite… Ça n’a pas fini dans le film mais Tony était un type vorace de vie qu’il voulait mettre sur pellicule. »
Des souvenirs de tournage inoubliables
Dans une autre scène, Tony Gatlif lui avait demandé d’improviser avec une valise pleine de livres, de photos et de disques, en imaginant qu’il tenait un café où débarquaient des immigrés venus de partout. « On tourne, il y avait un feu de cheminée qui brûlait. À la fin de la prise, je vois des larmes dans ses yeux et lui s’exclame : “y’avait beaucoup trop de fumée, elle tire mal cette cheminée…” », se rappelle Simon Abkarian.
Ému, l’acteur conclut : « Bon, je vais arrêter de parler parce que ça m’émeut. Tony, c’était le fils du vent et des chemins… »
Une carrière marquée par la diversité
Simon Abkarian, fidèle des films de Robert Guédiguian et Cédric Klapisch, a également joué dans « Casino Royale », « le Procès de Viviane Amsalem » de Ronit Elkabetz, ainsi que dans les séries « Kaboul Kitchen » et « Pigalle, la nuit ». Dramaturge et metteur en scène, il a reçu trois Molière en 2020 pour sa pièce « Electre des bas-fonds ». Son témoignage illustre l’impact durable de Tony Gatlif sur ceux qui ont eu la chance de travailler avec lui.



