Le nouveau film de Danielle Arbid, « Seuls les rebelles », sort en salles le 24 juin. Ce drame d’1h38 met en scène une romance asymétrique entre Osmane, un jeune clandestin soudanais interprété par Amine Benrachid, et Suzanne, une veuve sexagénaire jouée par Hiam Abbass. Le film, noté ★★★★☆ par notre critique Guillaume Loison, assume pleinement son héritage cinéphile tout en imposant sa propre évidence.
Une logique des fluides plutôt qu’un miracle romantique
Danielle Arbid ne cherche pas à innover après des maîtres comme Fassbinder (« Tous les autres s’appellent Ali ») ou Hal Ashby (« Harold et Maude »). Elle filme l’amour comme une évidence, moins romantique que logique : les deux personnages, que tout oppose, se rejoignent dans un même niveau de dépendance et d’espoir insoupçonné d’un avenir radieux. Le dénuement d’Osmane, plongé dans l’enfer de l’immigration clandestine, répond à la solitude extrême de Suzanne, socialement contrainte de vivre dans le souvenir d’un mariage forcé.
Beyrouth reconstitué à Paris : un écrin fantomatique
Impossible pour la réalisatrice de tourner à Beyrouth en raison du désordre politique régional. Mais elle ne renonce pas à faire de la ville un personnage central. Grâce à un savant collage photographique, elle a reconstitué à Paris les rues, l’ambiance et l’humeur de la capitale libanaise. Le résultat, d’une exactitude bluffante, dégage une atmosphère onirique et mortifère. Ce décor dit à la fois l’étrangeté de la romance et la prescience d’un monde sur le point de disparaître.
Un mélo languide et assumé
Le film ne s’amuse jamais à cultiver l’illusion d’une histoire neuve ni à tourner autour du pot. Il assume sa filiation avec les romances asymétriques du passé tout en affirmant sa singularité. La mise en scène de Danielle Arbid, précise et sensuelle, capte les fluides qui rapprochent ces deux êtres que tout oppose. Le spectateur est emporté par cette histoire d’amour qui tient plus de la stricte logique des affects que du miracle romantique.



