Oscars 2024 : Une soirée d'exception sous le signe de l'incertitude
Hollywood se prépare à vivre une cérémonie des Oscars particulièrement incertaine ce dimanche, où la sécurité a été significativement renforcée en raison du contexte géopolitique actuel. La grande question reste entière : qui d'Une bataille après l'autre ou de Sinners sera élu meilleur film ? Et qui l'emportera dans les prestigieuses catégories d'interprétation ? Les Oscars rendront enfin leur verdict lors d'une soirée qui débutera à 16 heures à Los Angeles, soit minuit en France.
Deux favoris historiques pour le meilleur film
Les deux longs-métrages en lice pour la statuette suprême ont chacun une opportunité exceptionnelle de battre plusieurs records aux Oscars, comme le rappelle Clayton Davis, chroniqueur renommé du magazine Variety. Mais tant que l'enveloppe finale du meilleur film n'aura pas été ouverte, nous ne saurons pas qui va gagner, insiste-t-il avec conviction.
Pour cette 98e édition, Los Angeles vit également dans l'incertitude. Avec la guerre menée par les États-Unis au Moyen-Orient, les autorités ont considérablement renforcé les mesures de sécurité dans les rues d'Hollywood. Cette vigilance accrue ne devrait cependant pas empêcher l'humoriste Conan O'Brien d'assurer le divertissement, lors d'une soirée où Sinners et Une bataille après l'autre peuvent chacun prétendre à battre le record de statuettes (11), détenu conjointement par Ben-Hur, Titanic et le troisième volet du Seigneur des Anneaux.
Sinners : Une plongée démoniaque avec 16 nominations
Plongée démoniaque dans le blues des Afro-Américains, Sinners entre déjà dans l'histoire avec un nombre record de 16 nominations. Son créateur Ryan Coogler, déjà célèbre pour Black Panther, pourrait devenir le premier Afro-Américain à remporter l'Oscar du meilleur réalisateur. Mais son œuvre hybride, à la fois film d'époque, conte de vampires et comédie musicale, fait face à un favori de taille avec Une bataille après l'autre, nommé dans 13 catégories.
Ce thriller loufoque, où Leonardo DiCaprio incarne un ex-révolutionnaire gauchiste maladroit forcé de secourir sa fille aux mains d'un suprémaciste blanc, a dominé la quasi-totalité des prix précurseurs cette saison. Fresque sur les dérives extrémistes des États-Unis, le film est plébiscité pour sa capacité à saisir les fractures politiques d'une Amérique irréconciliable, où tout semble se résoudre par les armes.
Paul Thomas Anderson : Une consécration attendue ?
Son réalisateur, Paul Thomas Anderson (There Will Be Blood, Magnolia, Licorice Pizza) a été maintes fois nommé aux Oscars, mais n'a jamais remporté la précieuse statuette. Cette situation a poussé l'un des votants sollicités à lui accorder son bulletin. Il est temps, a-t-il confié, expliquant avoir voté pour l'ensemble de son œuvre. Le choix a toutefois été très difficile et cela ne veut pas dire que Ryan Coogler ne le mérite pas tout autant, a-t-il ajouté avec nuance.
Suspense intense dans les catégories d'interprétation
Chez les acteurs, la seule garantie semble être l'Oscar de la meilleure actrice pour Jessie Buckley, magistrale dans Hamnet, où elle incarne l'épouse de William Shakespeare, bouleversée par la mort de son fils. Le suspense reste entier dans les autres catégories. Timothée Chalamet semblait destiné au prix du meilleur acteur, grâce à son incarnation d'un joueur de ping-pong à l'ambition démesurée dans Marty Supreme.
Mais le Franco-Américain est en chute libre ces dernières semaines : la star de Sinners Michael B. Jordan lui a notamment ravi l'Actor Award avec son double rôle de jumeaux mafieux se rebellant contre l'Amérique ségrégationniste. Jouer deux rôles est toujours difficile, et il s'en sort brillamment, a confié une autre votante, qui a pourtant apprécié la prestation de Leonardo DiCaprio, et celle de Wagner Moura dans L'Agent Secret.
Concurrence féroce pour les seconds rôles
La concurrence est aussi particulièrement rude chez les seconds rôles. Côté hommes, Sean Penn pourrait décrocher un troisième Oscar d'interprétation pour son rôle de militaire caricatural et torturé par son racisme dans Une bataille après l'autre. Mais il est sérieusement concurrencé par la coqueluche du cinéma d'auteur Stellan Skarsgård (Valeur Sentimentale), et le vétéran américain Delroy Lindo (Sinners).
Chez les femmes, Wunmi Mosaku, magnétique en guérisseuse vaudou dans Sinners, pourrait l'emporter. Mais Amy Madigan (Evanouis) et Teyana Taylor (Une bataille après l'autre) ont également des chances substantielles de remporter la statuette.
Catégorie internationale et animation : Des batailles incertaines
Quant à la catégorie meilleur film international, c'est la plus difficile à prédire cette année, juge Clayton Davis. Les deux favoris sont Valeur Sentimentale, récit du Dano-Norvégien Joachim Trier sur l'amour imparfait entre un père réalisateur et ses filles, et L'Agent Secret, du Brésilien Kleber Mendonça Filho, chronique de l'atmosphère poisseuse sous la dictature auriverde des années 70.
Ils semblent mieux positionnés que la palme d'or cannoise, Un simple accident, du dissident iranien Jafar Panahi, choisi pour représenter la France aux Oscars. Pour l'Oscar du meilleur film d'animation, les productions françaises Arco et Amélie et la métaphysique des tubes partent également désavantagées face au phénomène Netflix, KPop Demon Hunters, dont la chanson phare fera partie des numéros musicaux qui rythmeront la cérémonie.



