Le musée de la Romanité à Nîmes accueille cet été une exposition exceptionnelle : près de 120 chefs-d'œuvre prêtés par le Louvre, qui explorent la place de l'art dans la vie quotidienne des Romains. Les commissaires de l'exposition, Martin Szewczyk, Manuella Lambert et Isabel Bonora Andujar, tous conservateurs au Louvre, se sont interrogés sur la nature de l'art romain et sur la collection du Louvre.
Un prêt exceptionnel du Louvre
Les salles grecques, étrusques et romaines du Louvre étant actuellement en travaux, le musée parisien a accepté de prêter un nombre considérable d'œuvres. Habituellement, une ou deux pièces sont prêtées ponctuellement, mais jamais une telle quantité. Cette exposition permet de découvrir des objets qui, pour la plupart, sont exposés de manière permanente au Louvre.
Martin Szewczyk explique : « L'art romain s'étend aux dimensions de la vie. La civilisation romaine se caractérise par une recherche de valeur ajoutée esthétique, qui ne se limite pas à la peinture, à la sculpture et à l'architecture, mais embrasse tous les domaines de la vie. »
Une esthétique au service de la vie quotidienne
L'exposition met en lumière le fait que les objets présentés avaient à la fois une fonction esthétique et utilitaire. Dès l'entrée, une peinture murale de Pompéi est présentée comme un tableau de chevalet, telle qu'elle a été découverte. Les fonctions des objets sont ensuite détaillées : honorifiques, funéraires, domestiques, religieuses ou votives. Par exemple, une statue en toge du jeune Britannicus ou des portraits en bronze d'Auguste et de son épouse Livie illustrent ces usages.
Manuela Lambert souligne : « L'art romain était conçu pour répondre à des besoins concrets, qui imposaient les formes, les proportions, les matières. »
L'art comme expression de la cité et de l'individu
L'art romain servait à exprimer la cité, comme en témoigne un bas-relief représentant le sacrifice d'un taureau, d'un bélier et d'un cochon au dieu Mars pour protéger la communauté civique. Il permettait également l'expression de l'individu à travers des portraits saisissants. Un célèbre portrait de Crassus, la mine sévère et marqué par les ans, montre son sens des responsabilités et sa capacité à gouverner.
Isabel Bonora Andujar précise : « L'art est un vecteur de communication qui proclame des valeurs, des idées politiques, et célèbre l'appartenance à une culture héritée des Grecs. »
Syncrétisme et virtuosité
Les conquêtes romaines ont amené à Rome de nombreuses œuvres grecques, qui ont été collectionnées, imitées et adaptées. Une statue de Marcellus mélange ainsi un corps à la grecque et un portrait à la romaine, illustrant le syncrétisme entre les deux cultures. La virtuosité technique est également mise en avant à travers des verres soufflés, des incrustations dans le bronze, des camées et des orfèvreries.
La monumentalité est aussi présente : la tête d'une statue de l'impératrice Lucille, retrouvée à Carthage, mesure 1,75 mètre. L'exposition se termine par une réflexion sur le réemploi des objets à travers l'histoire, montrant comment un vase égyptien pouvait être transformé en urne funéraire ou un camée romain utilisé par un orfèvre du XVIIIe siècle.
Informations pratiques
L'exposition est visible jusqu'au 10 janvier, du mercredi au lundi, de 10 h à 18 h, au musée de la Romanité, boulevard des Arènes à Nîmes. Tarifs : 9 €, 6 €, 3 €, gratuit pour les moins de 7 ans. Renseignements au 04 48 21 02 10.



