Cristian Mungiu, seconde Palme d'or pour « Fjord » : « Quand on essaie d'être équilibré, on finit par fournir des arguments aux extrêmes »
Mungiu, seconde Palme d'or pour « Fjord » : « On fournit des arguments aux extrêmes »

Le cinéaste roumain Cristian Mungiu a reçu sa seconde Palme d'or au Festival de Cannes pour son film « Fjord », dix-neuf ans après « 4 mois, 3 semaines, 2 jours ». Dans cette œuvre, il oppose une famille roumano-norvégienne très pieuse, fraîchement installée en Norvège, à une association de protection de l'enfance qui soupçonne les parents de violence domestique et leur retire la garde de leurs cinq enfants. Le film sort en salles mercredi.

Un engagement contre toutes les formes d'intégrisme

« Ce film est un engagement contre toute forme d'intégrisme », a déclaré Cristian Mungiu en recevant sa récompense à Cannes. Le réalisateur, qui a grandi sous le régime de Ceaușescu, affirme traquer la complexité des choses et courir après les nuances dont il a été longtemps privé. Il refuse les discours convenus et assume de se faire parfois l'avocat du diable.

Dans « Fjord », il entend renvoyer dos à dos les fondamentalismes, qu'ils soient conservateurs ou progressistes, et exposer l'impasse de nos sociétés fracturées, viciées par l'intolérance et la guerre culturelle. Le postulat est osé, puisque les fauteurs de troubles y sont les institutions norvégiennes d'aide à l'enfance.

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Des faits divers réels à l'origine du scénario

Interrogé sur les sources d'inspiration du film, Cristian Mungiu a révélé s'être appuyé sur plusieurs faits divers réels, touchant des familles d'origines diverses, et plus particulièrement une affaire survenue il y a une dizaine d'années. Il a toutefois refusé d'en dire davantage, réservant les détails aux spectateurs.

Le réalisateur a tourné « Fjord » en Norvège, en mars 2025, comme en témoigne une photographie prise sur le tournage. Le film, produit par Le Pacte, sera distribué en salles cette semaine. Avec cette nouvelle Palme d'or, Cristian Mungiu confirme sa place parmi les cinéastes européens les plus exigeants, lui qui n'a jamais cédé à la facilité dans ses choix artistiques.

Un regard sur les sociétés fracturées

« Quand on essaie d'être équilibré, on finit par fournir des arguments aux extrêmes », confie le cinéaste dans l'entretien accordé à nos confrères de L'Obs. Cette phrase résume son approche : refuser les positions simplistes et montrer la complexité des situations, même au risque de déplaire.

Le film met en scène une famille roumano-norvégienne dont les cinq enfants sont retirés par les services sociaux norvégiens, soupçonnés de violences domestiques. Le réalisateur explore ainsi les dérives possibles des institutions de protection de l'enfance, tout en évitant de diaboliser qui que ce soit. Il préfère dénoncer l'intolérance sous toutes ses formes et la guerre culturelle qui gangrène nos sociétés.

La sortie en salles de « Fjord » mercredi permettra au public français de découvrir ce film qui a marqué le festival de Cannes. Cristian Mungiu, déjà palme d'or en 2007 pour « 4 mois, 3 semaines, 2 jours », signe ici une œuvre qui promet de nourrir les débats sur la protection de l'enfance et les dérives idéologiques.

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