Laissez-passer : le cinéma français sous l'Occupation selon Tavernier
Laissez-passer : le cinéma français sous l'Occupation

En 1942, alors que la France vit sous l'Occupation, deux hommes de cinéma se trouvent confrontés à un choix décisif : collaborer avec la Continental, la firme allemande dirigée par Alfred Greven, ou refuser de se soumettre. Bertrand Tavernier, dans son film « Laissez-passer » (2002), met en scène cette alternative à travers le parcours de Jean Devaivre, assistant-réalisateur résistant, et de Jean Aurenche, scénariste renommé. Ce soir à 20h50 sur Ciné+ Emotion, et disponible à la demande sur myCANAL, cette œuvre passionnante interroge les compromis et les actes de résistance dans le monde du cinéma sous l'Occupation.

Un film qui dérange à sa sortie

À sa sortie, « Laissez-passer » a suscité des critiques virulentes. Certains lui reprochaient de mythifier « l'âge d'or » du cinéma français, un passé que la Nouvelle Vague avait pourtant malmené. D'autres estimaient que le film ne montrait pas assez la persécution des Juifs. Tavernier répond indirectement à ces attaques en incluant une scène marquante : un lent travelling sur un bus se dirigeant vers le Vélodrome d'Hiver, rappelant la rafle du Vel' d'Hiv. Il évoque également l'arrestation de Jean-Paul Le Chanois, cinéaste né sous le nom de Dreyfus, victime de l'antisémitisme d'État.

Une fresque aux multiples visages

La force de « Laissez-passer » réside dans sa galerie de personnages, chacun offrant un point de vue différent sur la période. Le film exalte un héroïsme discret, qui ne clame pas son nom. Tavernier cite d'ailleurs une réplique de « Douce » (film de Claude Autant-Lara sur un script d'Aurenche) : un protagoniste encourage les pauvres à « l'impatience et à la révolte » plutôt qu'à « la patience et à la résignation ». Cette citation sans ambiguïté souligne l'esprit de résistance qui anime le film.

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Un duo d'acteurs remarquable

Jacques Gamblin incarne Jean Devaivre avec une intensité sobre, tandis que Denis Podalydès apporte toute sa finesse au personnage de Jean Aurenche, scénariste couvert de femmes et collaborateur des premiers films de Tavernier. Leur interprétation porte cette fresque de 2h44, qui mêle habilement fiction et réalité historique. Le film réunit également Charlotte Kady et Marie Gillain dans des rôles secondaires marquants.

Un regard sur le cinéma français

Tavernier, connu pour son amour du cinéma et son exigence historique, livre ici une œuvre qui interroge la notion de collaboration et de résistance dans un milieu artistique. Le film rappelle que la Continental, dirigée par Alfred Greven, produisait environ la moitié des films français entre 1941 et 1944, soit près de 30 longs-métrages par an. Travailler pour cette société signifiait souvent survivre professionnellement, mais aussi cautionner l'occupant. « Laissez-passer » explore ces dilemmes avec une précision documentaire et une émotion palpable.

Diffusion et disponibilité

Le film est diffusé ce lundi 3 août à 20h50 sur Ciné+ Emotion. Il est également disponible à la demande sur myCANAL. Cette programmation s'inscrit dans un cycle consacré au cinéma français sous l'Occupation, offrant aux spectateurs une occasion unique de redécouvrir ce pan de notre histoire culturelle.

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