La Reine Margot d'Adjani : un chef-d'œuvre flamboyant à revoir ce soir
La Reine Margot d'Adjani : flamboyance et horreur ce soir

Ce soir à 20h50 sur Ciné+ Émotion, ne manquez pas « La Reine Margot » de Patrice Chéreau, avec Isabelle Adjani. Une adaptation flamboyante et audacieuse du roman d'Alexandre Dumas, qui mêle fresque historique et cinéma d'horreur.

Un récit d'aventures fiévreux et actuel

« La Reine Margot » est autant un récit d’aventures haletant qu’une évocation terriblement actuelle des guerres de Religion. Le film suit le mariage de Marguerite de Valois et d’Henri de Navarre, qualifié de « noces vermeilles », et offre une représentation effroyablement réaliste de la Saint-Barthélemy. Les cadavres de protestants jonchent par milliers les rues de Paris avant d’être déversés dans des charniers.

Le chef opérateur Philippe Rousselot peint, avec les couleurs de Goya et de Géricault, ces amoncellements de corps qui préfigurent les crimes de masse des États totalitaires. Cette nature vampirique d’un pouvoir égorgeant son propre peuple trouve son allégorie lorsque Charles IX, empoisonné, exsude du sang par tous les pores. Chéreau représente un monde corrompu et dominé par la mort, faisant basculer le film du côté du cinéma d’horreur.

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Un casting possédé

Pas plus que Dumas, Chéreau n’a cure de l’exactitude historique. Ainsi, on ne trouvera pas les fameuses « fraises » d’Henri III ni ses « mignons ». Le cinéaste fait de ses jeunes nobles des versions XVIe siècle de Mick Jagger et Jim Morrison, cheveux longs et chemises blanches lacérées. Couverts de sang et de boue, pleins de panache, décadents ou cruels, Pascal Greggory, Jean-Hugues Anglade et Vincent Perez sont irrésistibles de beauté vénéneuse. Même Daniel Auteuil, en Henri de Navarre, est mis au diapason de cette vision très sensuelle de la cour de France.

Au milieu de ces figures maléfiques trône Marguerite, dont la peau d’albâtre est elle aussi maculée du sang de ses frères et de ses amants. Qui d’autre pour l’incarner qu’Isabelle Adjani, la reine écarlate du cinéma français ? Après « l’Histoire d’Adèle H. », « Nosferatu » et « Possession », elle s’inscrit dans une lignée de personnages tourmentés par l’amour et les créatures démoniaques. Pourtant, c’est l’époque qui est chaotique, et Marguerite apparaît surtout comme courageuse et maîtresse de ses désirs. Alors que les hommes s’entretuent pour le pouvoir, Adjani et Chéreau composent le portrait d’une femme libre.

◗ Jeudi 11 juin à 20h50 sur Ciné+ Émotion. Drame français de Patrice Chéreau (1994). Avec Isabelle Adjani, Daniel Auteuil, Jean-Hugues Anglade, Virna Lisi. 2h35. (Disponible à la demande sur myCANAL).

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