La réalisatrice allemande Valeska Grisebach, figure discrète du cinéma d'auteur, revient sur son dernier long-métrage, un western moderne et contemplatif. Dans un entretien, elle établit des parallèles inattendus avec le film Gloria de John Cassavetes (1980).
Un western intime et poétique
Son film, dont le tournage a duré plusieurs années, se déroule dans une communauté rurale d'Europe de l'Est. Grisebach explique avoir voulu capturer la lenteur du quotidien et les silences qui en disent long. « Je voulais filmer des gens qui travaillent, qui attendent, qui espèrent », confie-t-elle.
La cinéaste précise que le genre du western lui a permis d'explorer des thèmes universels comme la solitude et la quête de liberté. « Le western n'est pas qu'américain. Il y a une dimension universelle dans le fait de traverser un paysage, de chercher sa place », ajoute-t-elle.
Le lien avec Cassavetes
Interrogée sur l'influence de Cassavetes, Grisebach affirme : « Quand je pense à Gloria de Cassavetes, j'y vois des liens avec mon film. » Elle souligne la manière dont le réalisateur américain filme les personnages en marge, leur vulnérabilité et leur humanité. « Dans Gloria, il y a cette femme qui protège un enfant, une situation extrême traitée avec une simplicité désarmante. C'est ce contraste qui m'intéresse. »
Selon elle, son propre film partage cette approche : des personnages ordinaires confrontés à des circonstances extraordinaires, sans pathos. « Le cinéma de Cassavetes est une école de vérité », dit-elle.
Un tournage hors normes
Le film a été tourné sur une période de quatre ans, avec des acteurs non professionnels pour la plupart. Grisebach a travaillé avec une petite équipe, vivant sur place avec les habitants. « Nous avons partagé leur vie, leurs repas, leurs fêtes. Cela a nourri le film d'une authenticité rare », explique-t-elle.
La réalisatrice précise que 80 % des dialogues ont été improvisés à partir de situations réelles. « Je donnais des cadres, mais les acteurs apportaient leur propre langage, leurs gestes. »
Accueil critique et perspectives
Présenté en compétition dans plusieurs festivals, le film a reçu un accueil enthousiaste de la critique, saluant sa beauté plastique et sa profondeur émotionnelle. Grisebach, qui avait déjà marqué les esprits avec Western (2017), confirme son attachement à un cinéma lent et contemplatif.
« Je ne cherche pas à plaire à tout le monde. Je veux offrir une expérience, un temps de pause dans un monde qui va trop vite », conclut-elle.



