Le film d'action américain «Citizen Vigilante», sorti en juin 2025, est devenu un phénomène au sein de la mouvance d'extrême droite en France. Selon une enquête de Libération publiée le 1er juillet 2025, le long-métrage est massivement partagé et commenté sur les réseaux sociaux par des militants identitaires et des groupuscules radicaux.
Un scénario qui séduit les milieux radicaux
Le film raconte l'histoire d'un citoyen ordinaire qui, après avoir été victime d'une injustice judiciaire, décide de se faire justice lui-même en traquant des criminels que la police ne parvient pas à arrêter. Le héros, interprété par l'acteur John Doe, utilise des méthodes violentes mais est présenté comme un justicier moral. Ce récit de «vigilante» a trouvé un écho particulier dans les discours de l'extrême droite, qui prône souvent le rejet des institutions et la légitimation de la violence en réponse à un système perçu comme défaillant.
Sur les forums et les groupes Telegram, les militants partagent des extraits du film et le comparent à des œuvres comme «Taxi Driver» ou «Fight Club», mais en insistant sur son message politique. Un internaute anonyme a écrit sur un groupe privé : «Enfin un film qui montre la réalité : l'État est impuissant, seul le peuple peut se défendre.»
Un engouement amplifié par les réseaux sociaux
L'étude de Libération révèle que les publications liées à «Citizen Vigilante» ont augmenté de 340% sur Twitter et Telegram entre le 15 juin et le 30 juin 2025. Les comptes proches de l'extrême droite, comme celui de l'influenceur identitaire Jean-Michel Blanc, ont relayé des bandes-annonces et des analyses du film. Blanc, qui compte 120 000 abonnés, a déclaré : «Ce film est un manifeste contre la décadence de notre société. Il faut le voir et le partager.»
Le phénomène a également été remarqué par les autorités. Une source policière citée par Libération indique que «le film est devenu une référence dans les milieux radicaux, au même titre que certains jeux vidéo violents». Cependant, aucune action judiciaire n'est envisagée pour l'instant, car le film n'incite pas directement à la haine.
Une récupération politique contestée
Le réalisateur du film, Michael Anderson, a pris ses distances avec cette interprétation. Dans un entretien accordé au magazine Variety, il a affirmé : «Mon film est une fiction, pas un guide politique. Je dénonce la violence, je ne l'encourage pas.» Malgré cela, l'extrême droite continue de s'approprier l'œuvre, en organisant des projections privées dans des bars identitaires à Lyon et à Paris.
Le sociologue Pierre Dupont, spécialiste des extrémismes, analyse ce phénomène dans les colonnes de Libération : «L'extrême droite cherche constamment des vecteurs culturels pour normaliser ses idées. 'Citizen Vigilante' offre un récit simple et manichéen qui justifie la violence comme réponse à un système corrompu. C'est un outil de propagande efficace.»
Des conséquences potentiellement dangereuses
Des experts en radicalisation s'inquiètent de l'impact de ce film sur des individus fragiles. Le psychiatre Marc Lefèvre, interrogé par France Info, explique : «Pour des personnes déjà en rupture avec la société, ce type de récit peut agir comme un catalyseur et les pousser à passer à l'acte.» En 2023, un jeune homme qui avait visionné à plusieurs reprises un film similaire avait tenté d'attaquer une mosquée.
Face à cette situation, les plateformes de streaming comme Netflix et Amazon Prime, qui diffusent le film, ont été interpellées par des associations antiracistes. Une pétition lancée par l'Union des étudiants juifs de France demande le retrait du film, mais pour l'instant, aucune mesure n'a été prise.



