Gilles Lellouche : « Moulin est un héros dingue »
Lors de la conférence de presse qui a suivi la projection de « Moulin », le film de László Nemes en compétition au Festival de Cannes, la figure à la fois historique et héroïque du résistant a encore pesé de tout son poids sur l’équipe, à commencer par Gilles Lellouche. L’acteur, visiblement ému, a partagé ses sentiments sur l’interprétation de ce personnage emblématique.
Un film immersif sur la détention de Jean Moulin
Le réalisateur hongrois László Nemes, déjà connu pour son film « Le fils de Saul » qui explorait l’horreur des camps de concentration, a choisi une approche immersive pour raconter les derniers jours de Jean Moulin, arrêté par la Gestapo à Lyon en juin 1943. « Les producteurs ont pensé que mon approche immersive permettrait d’approcher cette situation », justifie le cinéaste. Le film ne se veut pas gratuit dans sa représentation de l’horreur : « Ce film parle de choses civilisationnelles, du bien et du mal, de la meilleure et de la pire version de l’homme », explique Nemes. « Mais avec Moulin, je voulais aussi dévoiler un être humain, qui avait une vraie vision de la vie, de l’art, qui était un grand humaniste. »
La torture psychologique de Klaus Barbie
Le film met en scène le bras de fer psychologique entre Jean Moulin et son tortionnaire nazi, Klaus Barbie, surnommé « le boucher de Lyon ». Le coscénariste Olivier Demangel précise : « Il y a beaucoup de documentation sur son arrestation et avant, mais on ne sait pas grand-chose de ce qui s’est passé après, si ce n’est qu’il a été rasé en prison. On a aussi revu toutes les techniques des nazis pour faire parler les résistants, en essayant d’être le plus possible dans le psychologique pour ne pas trop infliger l’horreur physique au spectateur. » Le producteur Alain Goldman ajoute : « À travers le procès de Klaus Barbie, on sait qu’il était un grand adepte de la torture psychologique, et que pour faire parler un détenu, il aimait lui montrer comment on fait souffrir un être cher. »
Une responsabilité immense pour Gilles Lellouche
Gilles Lellouche, qui incarne Jean Moulin, a exprimé son profond respect pour le héros de la Résistance. « C’est une énorme responsabilité de porter cet homme illustre sur mes frêles épaules, afin de rendre vivant Moulin au-delà d’un nom sur un lycée ou dans les livres d’histoire », a-t-il déclaré. « Pour un acteur, c’est très compliqué de l’incarner, mais l’exigence de Lazlo m’a aidé. » Il a ajouté : « C’est vraiment très particulier d’avoir le culot d’incarner cet homme exceptionnel, un héros dingue à côté duquel le métier d’acteur paraît idiot, moindre, absurde. Tous les jours de tournage, à chaque scène, je pensais à lui, au calvaire subi, en sachant que je ne serai jamais à la hauteur de ça. »
Un message de liberté
László Nemes, dont la famille a fui le régime autoritaire de Hongrie, a conclu la conférence en rappelant l’importance de la liberté : « Moi, j’ai grandi dans un pays où il n’y avait pas de liberté, et lorsque je suis arrivé en France en 1989, c’était comme changer de planète. Je n’oublierai jamais l’absence de liberté, et pour moi, la liberté individuelle est ce qu’il y a de plus important. C’est le message de Jean Moulin, et c’est pour ça qu’il est mort. »



