Arcobaleno de Pablo Cires : la danse des ruines
Arcobaleno de Pablo Cires : la danse des ruines

Le réalisateur Pablo Cires présente son documentaire Arcobaleno au Festival de Locarno, une œuvre qui plonge au cœur d'une ville italienne en ruine, où des adolescents tentent de danser et de vivre au milieu des décombres. Le film, qui a été projeté dans la section Cinéastes du présent, a été salué par la critique pour sa poésie visuelle et son regard sensible sur une jeunesse confrontée à la décrépitude urbaine.

Un décor de fin du monde pour une jeunesse en quête de sens

Le documentaire se déroule dans une ville du sud de l'Italie, dont le nom n'est pas précisé, mais qui porte les stigmates d'un abandon économique et social. Les images montrent des bâtiments effondrés, des rues désertes, et pourtant, au milieu de ce chaos, des adolescents s'approprient les lieux. Ils dansent, ils rient, ils s'embrassent, comme pour défier la mort et la désolation. Pablo Cires, qui a grandi dans cette région, explique que son intention était de capturer la beauté qui émerge de la destruction, une beauté éphémère et fragile.

Le titre Arcobaleno, qui signifie « arc-en-ciel » en italien, symbolise cet espoir qui persiste malgré tout. Le réalisateur a passé plusieurs mois avec ces jeunes, les filmant dans leur quotidien, sans scénario préétabli. Il a privilégié les longs plans fixes et une caméra discrète, laissant les sujets s'exprimer librement. Cette approche documentaire immersive donne au film une authenticité rare, loin des clichés misérabilistes sur les zones sinistrées.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une réflexion sur la mémoire et la résilience

Au-delà du simple portrait, Arcobaleno interroge la notion de mémoire. Les ruines deviennent des personnages à part entière, témoins d'un passé glorieux et d'un présent incertain. Les adolescents, eux, incarnent l'avenir, mais un avenir qui doit se construire sur des fondations instables. Le film ne donne pas de réponses, mais il pose des questions essentielles : comment grandir quand tout autour de vous s'effondre ? Comment trouver sa place dans un monde qui semble vous avoir oublié ?

La critique du Courrier international a souligné la manière dont Cires « transforme la ruine en terrain de jeu poétique », tandis que le réalisateur italien Nanni Moretti, présent à la projection, aurait confié avoir été ému par la justesse du regard porté sur cette jeunesse. Ces réactions montrent que le film touche une corde sensible, au-delà des frontières italiennes.

Un film qui marque les esprits à Locarno

La projection à Locarno a été suivie d'un débat animé, où le public a pu échanger avec le réalisateur. Pablo Cires a insisté sur le fait que son film n'est pas un constat désespéré, mais une invitation à voir la beauté là où on ne l'attend pas. Il a également annoncé que le documentaire sortira en salles en France au printemps 2026, distribué par un petit distributeur indépendant. En attendant, Arcobaleno continue sa carrière en festivals, et il est déjà programmé dans plusieurs événements européens, dont les Journées de Soleure et le Festival du film de Turin.

Ce documentaire s'inscrit dans une tendance récente du cinéma italien qui explore les marges et les territoires abandonnés, à l'image des travaux de Pietro Marcello ou de Michelangelo Frammartino. Mais Arcobaleno se distingue par son approche chorégraphique : la danse y est omniprésente, comme un langage universel qui transcende les ruines. Les corps des adolescents, souvent filmés en mouvement, créent un contraste saisissant avec la statuaire des bâtiments effondrés. Cette tension entre le mouvement et l'immobilité donne au film une dimension métaphysique, presque onirique.

En définitive, Arcobaleno est une œuvre singulière qui prouve que le cinéma documentaire peut encore surprendre par sa capacité à transformer le réel en poésie. Le film laisse une impression durable, celle d'une génération qui refuse de se laisser ensevelir sous les décombres, et qui trouve dans la danse une forme de résistance. Une leçon d'humanité que le public de Locarno n'est pas près d'oublier.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale