After the Party sur Arte.tv : plongée troublante dans le doute et le gaslighting
After the Party : plongée troublante dans le doute et le gaslighting

La série After the Party, diffusée sur Arte.tv, plonge le spectateur dans un récit troublant se déroulant à Wellington, en Nouvelle-Zélande. Derrière des images de carte postale se cache une noirceur saisissante : l'histoire de Penny Wilding, une enseignante d'une soixantaine d'années, mère de famille et grand-mère, qui dénonce son mari comme étant un pédophile présumé. Cette dénonciation la conduit à tout perdre, ou presque. Loin d'être une série réjouissante, After the Party captive pourtant par son intrigue complexe.

Une femme en lutte contre son époux

Le pitch de cette série néo-zélandaise de 2023 n'est pas engageant sur le papier. Après une fête où elle surprend son mari Phil allongé sur un lit avec un adolescent alcoolisé et dénudé, Penny se lance dans une bataille acharnée contre son époux, qui devient rapidement son ex-époux. Inquiété mais sans preuve retenue contre lui, Phil disparaît, pour revenir quatre ans plus tard. Pour Penny, le combat continue.

Le spectateur est immédiatement désarçonné par la violence du récit. Un homme semble avoir franchi l'intolérable, un adolescent possiblement abusé se mure dans un silence coupable, une femme se fait un devoir de dénoncer des actes de pédophilie pour protéger la jeune victime et éviter une récidive. Une famille s'effondre, des amitiés s'effilochent. La série pointe et dénonce une mécanique implacable.

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Penny Wilding, une héroïne attachante et déroutante

Malgré ce chaos, le spectateur se prend d'amitié et d'admiration pour l'entêtée Penny Wilding, interprétée par Robyn Malcolm, qui a remporté le prix de la meilleure actrice dans la compétition Panorama international au festival Séries Mania 2024 pour ce rôle. Enseignante proche de ses élèves, activiste écologique, libre dans sa tête et son corps (elle pose nue lors de cours de dessin), Penny attire la sympathie, mais aussi la méfiance. C'est là tout l'enjeu de la série : lentement mais sûrement, elle entraîne le spectateur sur le terrain glissant du doute. Ce qui semble une évidence pour Penny est-il la vérité ? Ou sa vérité ?

La propre fille de Penny prend fait et cause pour son père. Ollie, la victime présumée, a toujours démenti les faits. La plupart des amis de l'enseignante l'ont lâchée en raison de son obsession à vouloir confondre son ex. Ses collègues aussi l'abandonnent alors qu'elle tente de les persuader de l'épauler. D'épisode en épisode, face à cette femme forte, pleine de haine et de rage, on en vient à se demander si Penny ne serait pas victime de ses propres croyances. Si les faits qu'elle dénonce avec acharnement ne sont pas le fruit de son imagination. Et si Phil n'est pas innocent. « C'est une espèce de salope frappadingue et sans cœur », déclare-t-il. Alors, qui croire ?

Le spectateur victime du gaslighting

Aussi douloureuse et intrigante soit-elle, cette série illustre habilement ce que l'on nomme le gaslighting. Né du film Hantise (Gaslight, titre original) de George Cukor en 1944, qui marqua les débuts d'Angela Lansbury, le gaslighting décrit une forme de manipulation mentale consistant à faire douter une personne de sa perception des faits ou de son jugement. Après avoir visionné les six épisodes de 45 minutes, le spectateur ressent parfaitement cet effet.

Tout comme certains personnages de la série, le spectateur se met à douter. Ce qui semblait une évidence se heurte au mur de la défiance. Arrivé au cinquième épisode, on se demande légitimement si Penny n'est pas une affabulatrice, si elle n'a pas flingué la vie de son ex-époux, celle de sa fille, et pollué l'existence de son entourage. Le dernier épisode révèle évidemment la vérité.

Un casting authentique qui interroge les normes

Robyn Malcolm, qui est également la showrunneuse de la série avec la scénariste Dianne Taylor, est fantastique à l'écran. Face à l'acteur écossais Peter Mullan, complexe entre rudesse et fragilité dans le rôle de Phil, elle nous prend dans ses griffes et ne relâche jamais la pression. La scénariste-actrice tend son piège, nous happe, le referme, puis nous ouvre les yeux, nous invitant à regarder ceux qui nous entourent avec davantage d'acuité.

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Lors de la promotion de la série en 2024, Robyn Malcolm et Peter Mullan, alors âgés respectivement de 59 et 65 ans (l'âge de leurs personnages), se sont insurgés dans une interview au Guardian contre la notion de « casting aspirationnel » en vogue à Hollywood, selon laquelle le public accepterait de regarder des personnages de 50 ou 60 ans à condition qu'ils soient incarnés par des acteurs qui en paraissent 40. « Aujourd'hui, trouver quelqu'un qui ait réellement l'apparence de son âge est devenu un vrai problème. Je pense que la chirurgie esthétique est en train de détraquer toute l'industrie. J'ai travaillé avec des acteurs à qui l'on demandait d'être crédibles et naturels alors qu'ils portaient manifestement une perruque », expliquait Peter Mullan.