Cinq industriels européens s'unissent pour un intercepteur antimissile souverain
Cinq industriels européens unis pour un intercepteur antimissile

Cinq industriels européens ont signé mardi une lettre d'intention pour développer conjointement un programme d'intercepteur exoatmosphérique (au-dessus de l'atmosphère) contre les missiles balistiques de portée moyenne (MRBM) et intermédiaire (IRBM). Cette annonce fait suite au lancement à Paris, lundi, d'une « coalition anti-balistique » réunissant l'Ukraine et neuf pays européens.

Bliksem EXO : un intercepteur souverain européen

Le projet, dénommé Bliksem EXO, est conçu « comme un intercepteur exoatmosphérique souverain européen contre les menaces de missiles balistiques ». Le consortium précise qu'il serait efficace y compris « contre les systèmes de la classe Oreshnik [un missile balistique russe à portée intermédiaire, capable d'atteindre des cibles comprises entre 3.000 et 5.500 kilomètres, et déjà utilisé par Moscou contre l'Ukraine] dotés de véhicules de rentrée séparables et manœuvrant ».

Après avoir détecté et suivi la menace, Bliksem EXO viendrait neutraliser sa cible via un système « hit-to-kill », c'est-à-dire par impact cinétique, sans charge explosive. Ce projet vise à offrir une alternative européenne souveraine, alors que des solutions antimissiles balistiques existent déjà, comme le projet European Sky Shield (ESSI) lancé fin 2022.

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Une alternative au European Sky Shield

À l'initiative de l'Allemagne, l'ESSI repose sur une architecture multicouche : le système allemand Iris-T pour la courte et moyenne portée (jusqu'à 40 km et 20 km d'altitude), le Patriot PAC-3 américain (160 km et 30 km d'altitude) pour la longue portée, et l'Arrow 3 américano-israélien pour intercepter des missiles balistiques jusqu'à 2.400 km, à des altitudes exoatmosphériques (à partir de 100 kilomètres).

Si Bliksem EXO vise la même couche que l'Arrow 3, son ambition est de proposer une alternative européenne souveraine, là où l'ESSI dépend aujourd'hui d'Israël et des États-Unis. « Cette mission complète, plutôt qu'elle ne concurrence, les capacités européennes existantes et prévues pour la couche inférieure », explique le consortium. « Notre système de commandement et de contrôle garantira une interopérabilité avec la défense antimissiles intégrée de l'Otan, l'initiative ESSI et les autres programmes en cours », ajoute Michael Schoellhorn, PDG d'Airbus Defence and Space.

Un consortium piloté par Destinus

Le consortium sera piloté depuis les Pays-Bas par la start-up Destinus, et rassemble les principales entreprises de défense européennes : MBDA Allemagne, responsable du booster, du lanceur et du conteneur de l'intercepteur ; Safran Electronics & Defense, responsable de l'autodirecteur et du guidage, navigation et pilotage du véhicule intercepteur ; Airbus Defence and Space, responsable du commandement, du contrôle et de la gestion du champ de bataille ; et Thales, en charge de la chaîne radar et capteurs, de l'alerte avancée jusqu'au tir.

Le programme « s'appuiera sur l'expérience opérationnelle de l'Ukraine dans la lutte contre les attaques aériennes et de missiles massives, faisant de Bliksem EXO un système conçu pour les réalités de guerre moderne. » Les travaux d'ingénierie conjoints doivent démarrer en août prochain, et le consortium prévoit un essai en conditions spatiales du véhicule intercepteur en 2027. La lettre d'intention signée mardi à Paris ne crée toutefois « aucune obligation d'achat ».

Coalition anti-balistique et projet Freya

L'annonce du projet Bliksem EXO coïncide avec celle d'une « coalition contre les missiles balistiques », créée lundi à Paris, réunissant le Danemark, la France, l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas, la Norvège, l'Espagne, la Suède, l'Ukraine et le Royaume-Uni. Elle vise à doter l'Europe d'une « solution globale, sous la forme d'une architecture intégrée de défense antimissile, afin de dissuader et de neutraliser les futures menaces de missiles. »

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Le « projet phare » de la coalition se nomme « Freya ». Porté par l'entreprise ukrainienne Fire Point, il ambitionne de devenir un système complet antimissiles balistiques, pour protéger l'Ukraine des tirs de missiles balistiques russes, et pour une production plus massive et moins chère que le Patriot. Si l'Ukraine peut fabriquer l'intercepteur, elle a besoin des partenaires européens pour le radar, le commandement-contrôle et l'intégration, d'où cette coalition à dix pays.

Vers une architecture intégrée de défense antimissile

Entre les projets « Freya », Bliksem EXO, European Sky Shield, auxquels on peut rajouter l'actuel système franco-italien SAMP/T et son missile Aster, l'Europe bénéficierait ainsi de diverses solutions, qui se veulent complémentaires. « Nous pensons que la protection de l'Europe nécessite une solution globale, sous la forme d'une architecture intégrée de défense antimissile, afin de dissuader et de neutraliser les futures menaces de missiles », explique l'Élysée. Reste à savoir désormais quand ces différentes solutions seront réellement opérationnelles.