Salomé, victime de féminicide, héroïne d'une BD pour sensibiliser
Salomé, victime de féminicide, héroïne d'une BD

Sept ans après son assassinat à Cagnes-sur-Mer, Salomé, battue à mort par son compagnon, devient le personnage principal d'une bande dessinée de 200 pages, intitulée Salomé, publiée aux Éditions Delcourt. L'autrice-illustratrice Alice Bienassis et la mère de la victime, Muriel Dotta, ont présenté l'ouvrage ce mercredi à la bibliothèque Louis Nucera de Nice, lors d'un échange avec le public organisé par la librairie BD Fugue. L'objectif : aborder les violences faites aux femmes, les mécanismes d'emprise et les parcours de reconstruction.

Un travail entre enquête et fiction

Le projet a germé deux ans après le drame, mêlant enquête journalistique et fiction. Il décortique comment la police et la justice n'ont pas protégé la jeune femme, dont la mort aurait pu être évitée. Muriel Dotta, contactée par l'autrice, a accepté immédiatement pour rendre hommage à sa fille, susciter la colère sans abattement, et pointer les failles institutionnelles. Julie Denoix, représentante de l'ARCAF (Autodéfense et ressources pour le choix et l'autonomie des femmes), était également présente.

Le cycle insidieux des violences conjugales

Julie Denoix explique : « Alice a défait les idées reçues. Les violences conjugales, ça commence toujours avec des étoiles dans les yeux. Peu à peu arrivent les pressions, les menaces, les prises de contrôle. Puis survient la phase où l'agresseur veut se justifier, recommence à multiplier les petites attentions, les cadeaux... C'est ce cycle qui fait qu'il est difficile de comprendre ce qu'il se passe et combien il est difficile de s'en sortir. » Dans la BD, le tueur n'apparaît jamais. Alice Bienassis précise : « En mettant volontairement la caméra focus sur Salomé, on ne voit jamais le tueur. Le sujet, c'est Salomé. » Car il peut être n'importe qui : « Il n'y a pas de profil type ni de problème psychologique. »

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« Ce sont des humains, pas des monstres »

Muriel Dotta, depuis sa douleur, affirme à propos des criminels : « Ce sont des humains, pas des monstres. Si vous qualifiez le tueur de monstre, ce n'est plus un être humain. Or, c'est un homme qui a commis quelque chose de monstrueux. » Elle a répondu à toutes les questions d'Alice Bienassis sans participer à la rédaction, et a « adoré cette BD » pour son travail de documentation et son message : « C'est une BD nécessaire, comme tous les autres moyens – films, actions... – pour faire front devant ce fléau et pour que la vie de Salomé ne soit pas qu'un chiffre. » Le jour où le corps de Salomé a été retrouvé, portant 46 traces de coups, on en était au centième féminicide depuis le début de l'année en France.

Le pardon et l'action

Muriel Dotta, qui a déjà coécrit un livre Elle s'appelle Salomé (Éditions Télémaque) avec Sandra Mathieu, interroge : « Comment se forme l'emprise, les défaillances du système. Le Gouvernement ne donne pas les moyens d'agir. Dans la justice, la police, le domaine social, on manque d'effectifs, d'où les temps d'attente trop longs quand on dépose plainte... » Interrogée sur le pardon, elle répond : « Jamais ! Cependant, on vit dans une société où on nous demande de pardonner. » Elle avance : « Oui, avec ma famille j'avance pour Salomé, pour toutes les femmes qui vivent des situations dramatiques. » Elle se déclare contre la peine de mort : « Je ne veux pas devenir moi-même un assassin et puis la peine de mort, ce serait aller trop vite pour le tueur. » L'assassin de Salomé, Amin Mimouni, a été condamné à la prison à perpétuité avec une peine de sûreté de 22 ans.

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