Fonds Enki Bilal : un écrin pour l'univers foisonnant du maître de la BD
Fonds Enki Bilal : un écrin pour l'univers foisonnant du maître

Des dieux égyptiens flottant au-dessus de la capitale, des astronautes mélancoliques, des corps porteurs de stigmates, des villes suspendues entre ruines et futur : depuis plus de cinquante ans, Enki Bilal construit un monde qui n'appartient qu'à lui. Son univers foisonnant a enfin trouvé une adresse pérenne dans une petite artère du Marais, où le fonds Enki Bilal consacre une exposition inaugurale à l’œuvre du créateur français né yougoslave, à la croisée de la bande dessinée, de la peinture, des arts graphiques et du cinéma, qui a profondément marqué l’imaginaire collectif.

Un parcours précoce et une reconnaissance immédiate

Dès l’entrée, une tête métallisée monumentale représentant l’androïde Exterminateur 17 aux trois mains plaquées sur le visage ouvre le parcours, tandis que s’affichent, aux murs, les débuts d’un dessinateur précoce. Enes Bilal, surnommé Enki dans la sphère familiale, qui a vu le jour à Belgrade en 1951, arrive en France à l’âge de dix ans, déjà pourvu d’un bon coup de crayon. Remarqué encore adolescent par Goscinny, il est révélé dans les années 1970 par le magazine Pilote. Sa collaboration avec le scénariste Pierre Christin donne naissance à des albums devenus classiques, avant qu’il ne développe une palette personnelle reconnaissable entre toutes, peuplée de personnages mélancoliques, de sociétés en mutation, de visions futuristes traversées par les convulsions de l’Histoire. Une esthétique singulière, dominée par les bleus métalliques, les visages fragmentés et les paysages post-industriels.

Un artiste aux multiples facettes

Avec des opus majeurs comme la trilogie Nikopol, La Femme piège, Froid Équateur ou encore Le Sommeil du monstre, Bilal a contribué à faire entrer les bulles dans le champ de la création à part entière. « La bande dessinée, c’est de l’art contemporain ! » défend-il, bonnet sombre vissé sur le crâne et regard pétillant, face aux journalistes venus découvrir en avant-première ce premier lieu permanent dédié au genre dans la capitale. Mais l’artiste ne s’est pas limité au neuvième art. Peintre, scénariste, réalisateur de films, de Bunker Palace Hôtel à Immortel (ad vitam), il fait dialoguer les disciplines pour mieux repousser les frontières de la narration visuelle.

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Un lieu vivant et ouvert

Le fonds Enki Bilal a précisément pour vocation de refléter cette diversité. Imaginé par le galeriste et collectionneur Jean-Baptiste Barbier et orchestré par la nouvelle directrice du Festival d’Angoulême, Clémentine Hustin, le site occupe un espace de 260 mètres carrés dans l’ancienne – et mythique – galerie Denise René, qui accompagna toute la carrière de Vasarely. Plus qu’un centre d’archives ou un musée monographique, il se destine à être un laboratoire artistique, que Bilal lui-même annonce « vivant, libre, muable, et surtout ouvert à d’autres ».

Une immersion dans l'univers bilalien

Pour l’heure, on a droit à une rétrospective consacrée au héros du jour. Plus de 200 planches originales, peintures, sculptures, documents rares et archives inédites permettent ainsi de s’immerger dans le bouillon bilalien, depuis les souvenirs de l’enfance yougoslave jusqu’aux visions prospectives qui ont fait sa renommée. On y retrouve ses thématiques récurrentes, des « mémoires de demain » aux figures du pouvoir, en passant par les métamorphoses du corps, le chaos politique ou les enjeux écologiques. Loin de l’hommage figé, c’est aussi une invitation à entrer dans l’atelier mental d’un visionnaire européen qui n’a cessé d’interroger les fractures de son époque tout en imaginant celles à venir.

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