Bénabar s’est produit jeudi 8 juillet 2026 sur la scène du Lac Festival à Roquebrune-sur-Argens, devant un public venu nombreux malgré la concurrence du quart de finale de la Coupe du Monde. « Je vois qu’il y en a beaucoup qui sont passés à côté du match… », a-t-il lancé avec humour. Pendant deux heures, l’artiste et ses musiciens, dont certains l’accompagnent depuis plus de vingt ans, ont alterné entre ses « vieux » tubes et les morceaux de son nouvel album, Le Soleil des absents, sorti début 2026.
Un album marqué par le deuil et la maturité
Cet album, le dixième de sa carrière, a été enregistré dans un contexte difficile. « L’enregistrement a été compliqué, avec la disparition de mon ami Denis [Denis Grare, musicien et parrain de son fils] », confie Bénabar. « Toutes les chansons de l’album n’étaient pas écrites alors… Sans en faire un album de chagrin, on s’est servi de cette disparition pour faire un album que les gens ont envie d’écouter. On a conservé la réalité du moment mais sans emmerder les gens avec. » Le titre Le Soleil des absents s’est imposé comme une évidence.
« Ça me va bien d’être un adulte et de vieillir »
À 57 ans, Bénabar assume son âge. « Je dirais que depuis longtemps, j’ai l’album de l’âge d’adulte. L’adulte n’est jamais très éloigné de l’enfant. Moi je n’ai pas le culte de l’enfance, notamment pas de la mienne. Ça me va bien d’être un adulte et de vieillir. » Il ajoute : « Vieillir, c’est quand même une bonne chose, et il y a plein de gens qui n’ont pas cette lucidité-là. Je crois vraiment qu’il faut faire son âge. »
Une évolution musicale assumée
Sur ce nouvel album, le registre a évolué vers une pop plus mature. « Je le dois aussi aux camarades avec qui j’ai travaillé, dont François Delabrière, avec qui j’avais fait L’effet Papillon », explique-t-il. « Sur Le Soleil des absents, j’ai senti qu’il avait quelque chose de particulier, cela tient peut-être à la disparition de Denis et au fameux cinq ans d’écart depuis le précédent album. »
L’écriture, un plaisir ludique
« C’est un plaisir d’écrire, c’est très ludique comme exercice, y compris quand on écrit une chanson triste », confie Bénabar. « Je sais que ça va mieux quand je me mets devant mon ordi et que je commence à travailler… Quitte à virer tout ce que j’ai fait parce que je n’en suis pas satisfait. » Il désacralise l’écriture : « Si un couplet ne va pas, si tout le monde commence à regarder son portable, je change le lendemain. »
Un style très scénarisé
L’artiste reconnaît que ses chansons sont très visuelles. « Je voulais être scénariste et je m’aperçois que, quand j’écris, j’ai moi-même besoin de voir les images. C’est une démarche personnelle, intellectuelle. Je vois les costumes… » Il cite la chanson Elles dansent, inspirée par sa fille, où l’on voit une mère et sa fille danser dans le salon.
Un hommage à la banlieue
Bénabar, qui a grandi en banlieue parisienne (dans le 91), rend hommage à ce territoire dans son album. « Je suis un banlieusard. C’est un sujet que je traîne depuis longtemps : rendre hommage à cette banlieue de classe moyenne dont on ne parle pas assez. On parle de la banlieue à chaque fois qu’il y a des problèmes, mais il n’y a pas que des dealers. »
Une collaboration avec Pascal Obispo
Sur l’album, un duo avec Pascal Obispo, Que reste-t-il du bonheur ?, est né d’une amitié de longue date. « Avec Pascal on est ami de longue date. Cela faisait longtemps qu’on voulait travailler ensemble. » Les paroles sont de Pierre-Dominique Burgot, dont Bénabar apprécie l’écriture « très antipoétique ». « C’est la première fois que je suis seulement interprète », précise-t-il.
La « playlist de Daron » et la transmission musicale
Interrogé sur sa « playlist de Daron », Bénabar rit : « Je suis un peu injuste dans cette chanson, parce que je me rends compte que nous, parents, sommes plus sectaires que nos mômes sur ce que nous écoutons. » Ses enfants ont été « biberonnés » par Delpech, Aznavour, Higelin… « Mais leurs potes écoutent aussi ce répertoire-là. Ils chantent tous Dassin et Les Yeux d’Émilie. »
Prochain concert au Festival de Ramatuelle
Le 12 août, Bénabar se produira au Festival de Ramatuelle, une première pour lui. « Je suis vraiment heureux d’y aller. Quand Michel Boujenah [le directeur artistique] m’a appelé, ça m’a fait super plaisir. C’est un festival à l’ancienne, qui pourtant a beaucoup de rayonnement. La scène est petite, il va falloir qu’on s’adapte. » Le concert est prévu à 21h30, tarif 78 euros.
Son fils musicien : une fierté discrète
Bénabar a un fils qui se lance dans la musique. « Je reste volontairement très éloigné de ce qu’il fait. Il y a ce moment magique quand on commence une carrière, où tout est possible… Je ne veux pas qu’il fasse ses premiers pas avec une étiquette. Il a fait une école de jazz, il est avec ses potes. Ils font du métal… Je suis très fier de lui. » Il ajoute : « Je ne veux pas donner de conseils. Un conseil, même le plus bienveillant, oriente ce que l’on va faire, surtout si cela vient d’une personne qui a autorité. »



