Au Festival international du journalisme de Couthures, qui s'est tenu du 8 au 10 juillet 2026, de jeunes participants ont vivement contesté l'idée selon laquelle leur génération se désintéresserait de l'actualité. Organisé chaque année dans le Lot-et-Garonne, cet événement rassemble des professionnels des médias, des étudiants et des citoyens autour des enjeux de l'information.
Une génération engagée et informée
Lors d'un atelier intitulé « Les jeunes et l'info : mythes et réalités », plusieurs intervenants ont souligné que les moins de 30 ans consomment l'actualité autrement, mais avec autant d'assiduité que leurs aînés. Selon une enquête menée par le groupe de réflexion « Médias et Société » en 2025, 78 % des 18-25 ans déclarent suivre l'actualité au moins une fois par jour, principalement via les réseaux sociaux et les applications mobiles.
« C'est faux de dire qu'on ne s'intéresse pas à l'actualité. On la suit, mais pas forcément par les canaux traditionnels », a affirmé Camille, 22 ans, étudiante en journalisme à Bordeaux, citée par les organisateurs. Elle a ajouté : « On utilise TikTok, Instagram ou des newsletters pour s'informer, mais on vérifie aussi les sources. »
Refus de la caricature médiatique
Les jeunes participants ont également dénoncé la manière dont leur génération est souvent dépeinte dans les médias, comme apathique ou uniquement préoccupée par des sujets légers. « On nous réduit à des stéréotypes : accros aux écrans, désengagés, individualistes. Mais dans les faits, on est très impliqués sur des questions comme le climat, la justice sociale ou la démocratie », a expliqué Lucas, 24 ans, membre d'une association de journalistes citoyens.
Un sondage réalisé par l'Institut français d'opinion publique (IFOP) pour le festival révèle que 64 % des jeunes de 18 à 30 ans estiment que les médias traditionnels ne représentent pas correctement leurs préoccupations. En réponse, de nombreux ateliers ont proposé des formats participatifs, comme la création de podcasts ou de vidéos courtes, pour donner la parole à cette tranche d'âge.
Des initiatives pour rapprocher les jeunes de l'info
Le festival a également mis en avant des projets visant à renforcer l'éducation aux médias. Parmi eux, le programme « Journaliste en herbe », lancé en 2024 dans les lycées de Nouvelle-Aquitaine, a déjà formé plus de 1 200 élèves à la vérification des sources et à la production de contenus. « L'objectif est de leur donner les outils pour décrypter l'information et lutter contre la désinformation », a expliqué Marie Dupont, coordinatrice du programme, lors d'une table ronde.
En parallèle, une étude présentée par le think tank « Info Durable » montre que 45 % des 15-24 ans ont déjà participé à une action de journalisme citoyen, comme le signalement de fausses informations ou la contribution à des médias participatifs. « Les jeunes ne sont pas passifs : ils s'emparent des outils numériques pour produire et partager l'info, souvent avec un regard critique », a commenté l'un des auteurs de l'étude.
Un appel à repenser le journalisme
Les participants ont appelé les médias traditionnels à s'adapter aux nouvelles pratiques, sans sacrifier la rigueur. « Il faut inventer des formats qui parlent aux jeunes, sans tomber dans le simplisme », a plaidé Sarah, 23 ans, blogueuse et étudiante en sciences politiques. Elle a insisté sur l'importance de traiter des sujets qui les concernent directement, comme l'emploi, le logement ou l'environnement.
Le Festival international du journalisme de Couthures a accueilli cette année plus de 3 000 participants, dont 40 % avaient moins de 30 ans. Un chiffre en hausse de 15 % par rapport à 2025, selon les organisateurs, qui y voient le signe d'un intérêt croissant pour les métiers de l'information. « Les jeunes veulent comprendre le monde et agir. Notre rôle est de les accompagner, pas de les stigmatiser », a conclu le directeur du festival, Pierre Lefèvre, dans son discours de clôture.



