Alors que la France connaît une vague de chaleur exceptionnelle, le gouvernement a dévoilé ce lundi 10 juillet un ensemble de mesures destinées à protéger les travailleurs les plus exposés, notamment les soignants, les livreurs et les maraîchers. Ces annonces interviennent alors que le pays traverse son troisième épisode caniculaire de l'été, avec des températures dépassant les 40°C dans plusieurs régions.
Des mesures pour les métiers en première ligne
Parmi les principales annonces, le ministre de la Santé a indiqué que des « maraudes mobiles » seraient déployées dans les services d'urgence des hôpitaux pour distribuer de l'eau fraîche et des brumisateurs au personnel soignant. Par ailleurs, une prime exceptionnelle de 200 euros sera versée aux soignants exerçant dans les services les plus exposés, comme les urgences et les Ehpad. Cette prime concernerait environ 150 000 professionnels, selon le ministère.
Pour les livreurs à vélo et les coursiers, le gouvernement a annoncé la mise en place d'un « fonds d'urgence » de 5 millions d'euros géré par les caisses d'assurance maladie. Ce fonds permettra de financer des équipements de protection, tels que des gilets réfrigérants ou des casques ventilés, et de compenser les pertes de revenus liées à l'arrêt d'activité lors des pics de chaleur. Les maraîchers et agriculteurs, quant à eux, bénéficieront d'un allègement des charges sociales pour le mois de juillet, ainsi que d'un accès facilité aux dispositifs d'indemnisation pour les pertes de récoltes.
Des réactions mitigées des syndicats
Les syndicats ont accueilli ces mesures avec prudence. La CGT a salué « une avancée, mais insuffisante », réclamant une reconnaissance du « stress thermique » comme maladie professionnelle. « Il faut un plan d'urgence pour tous les travailleurs, pas seulement quelques professions », a déclaré un porte-parole. De son côté, FO a souligné que les livreurs indépendants, souvent non couverts par la médecine du travail, restent « les grands oubliés » du dispositif. Le syndicat Sud a dénoncé des « mesures cosmétiques » et exigé l'application effective du droit de retrait pour tous les salariés exposés à des températures dangereuses.
Un cadre juridique existant mais peu appliqué
En France, le code du travail prévoit déjà des obligations pour l'employeur en cas de fortes chaleurs : mise à disposition d'eau potable, adaptation des horaires, locaux ventilés. Pourtant, selon une enquête de l'Inspection du travail, seules 30% des entreprises du BTP et de l'agriculture respectent ces règles lors des canicules. Le gouvernement a annoncé le renforcement des contrôles, avec 500 inspections supplémentaires prévues dans les secteurs les plus à risque cet été. Les amendes pour non-respect pourront atteindre 10 000 euros par salarié concerné.
Un impact économique et sanitaire
Selon une étude de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), la canicule de 2003 avait causé 15 000 décès supplémentaires en France, dont une part significative chez les travailleurs exposés. Plus récemment, une vague de chaleur en 2022 avait entraîné une baisse de 0,5% du PIB sur un mois, selon la Banque de France. Les mesures annoncées visent à limiter ces impacts, mais les associations environnementales estiment qu'elles ne s'attaquent pas aux causes structurelles du réchauffement.
Vers une adaptation durable du travail ?
Au-delà des mesures d'urgence, le gouvernement promet une « concertation » à la rentrée pour adapter le travail aux vagues de chaleur récurrentes. Plusieurs pistes sont évoquées : la généralisation de la sieste en entreprise, l'installation de climatiseurs dans les locaux, ou encore le télétravail systématique lors des pics de chaleur. « Il faut repenser l'organisation du travail pour préserver la santé des salariés et la productivité », a déclaré le ministre du Travail. Les syndicats attendent des actes concrets, tandis que le patronat se montre prudent face au coût de ces adaptations.



