« Ce n’est pas moi qui ai mis le feu ! Quel intérêt j’aurais ? » Richard Perez, 61 ans, l’homme d’affaires nîmois jadis surnommé le roi des poubelles pour ses activités dans le domaine des déchets, est en colère. Ce vendredi 10 juillet, dix jours après l’incendie qui a partiellement touché son ancienne entreprise Bennes 30 à Milhaud, près de Nîmes, il tient à remettre devant la presse « les points sur les I et les barres sur les T ».
Un alibi médical solide
« Il y en a sur les blogs qui s’amusent à parler de moi anonymement, et qui m’accusent d’avoir mis le feu. Depuis trois mois j’ai un cancer du poumon, ce jour-là j’étais à ma chimio et je voyais le feu depuis l’hôpital. Ce feu est parti d’une entreprise de palettes qui a gagné Bennes 30, Mme la procureure a eu l’honnêteté de dire que je n’y étais pour rien », assure-t-il.
Bennes 30 était une entreprise de traitement de déchets, dont Richard Perez était propriétaire, et qui a été en 2021 au cœur d’une enquête dirigée par la Jirs de Marseille, qui l’a envoyé en détention préventive pendant plus d’un an. « J’ai été incarcéré pour un trafic international de déchets à connotation mafieuse, et j’ai fait de la prison illégalement, je n’ai commis aucun trafic », martèle le chef d’entreprise.
6 000 tonnes de gravats accumulés irrégulièrement
Ses avocats ont depuis réussi à convaincre en partie la juge d’instruction de son innocence, obtenant la suppression de sa mise en examen pour les faits les plus graves. Reste une infraction qu’il reconnaît, celle d’avoir largement dépassé la capacité de stockage autorisée sur le site de Milhaud où plus de 6 000 tonnes de gravats divers sont toujours accumulées.
Mais la réputation sulfureuse de Richard Perez et son passé judiciaire continuent à peser : il y a près de trente ans, il avait été condamné à neuf ans de prison pour association de malfaiteurs, ayant incendié des dizaines de camions poubelles de la société Onyx, avec qui il était alors en litige. « J’assume tout ce que j’ai fait dans ma vie, mais je n’ai jamais été un escroc », assure-t-il.
Une proposition de nettoyage par Nicollin
Richard Perez rappelle qu’il a proposé en 2022 à la juge d’instruction de faire vider le site de Bennes 30 par la société Nicollin, prête à intervenir. Une solution qui n’avait pas pu aboutir, alors que Richard Perez affirme que la justice a été faussée et instrumentalisée par certains de ses concurrents, attirés par la perspective de profits juteux. « Vider des hangars aujourd’hui, c’est comme taper des Brink’s, c’est des coups de trois ou quatre millions d’euros. Le déchet ces dernières années, c’est comme de l’or, il a pris trois fois le prix. Si on m’avait laissé faire, il n’y aurait pas eu le feu », insiste-t-il.
« Le problème des centres de déchets qui brûlent, l’été, c’est à cause des piles de lithium qui chauffent, et des fusées d’alarmes. Mais quand c’est un dépôt de Nicollin, de Véolia ou de Paprec qui brûle, personne ne parle de la mafia. Mais quand c’est moi, tout est à charge », déplore-t-il.
Refus d’un appel d’offres
Reste qu’aujourd’hui, il refuse qu’on décide à sa place qui va vider les déchets accumulés à Milhaud. « J’ai reconnu le surstockage, donc au tribunal je sais que c’est moi qui devrais payer. Mais il est pas question d’un appel d’offres. À part Nicollin, il n’y a pas un camion qui rentre chez moi, parce que ça va faire un feu d’artifice. Je me mettrai devant, je reste le seul décideur pour savoir qui peut vider », conclut-il.



