Benoit Solès explore le pardon dans « 22 minutes » à Anthéa
« 22 minutes » : Benoit Solès face au mystère Ağca

Après « La Machine de Turing » et « La Maison du loup », Benoit Solès s'empare d'une autre histoire vraie avec « 22 minutes ». À Anthéa, à Antibes, du lundi 12 au jeudi 15 octobre, le comédien incarne Mehmet Ali Ağca, le Turc qui tenta d'assassiner le pape Jean-Paul II en 1981. Au cœur de la pièce, une rencontre en prison dont le contenu demeure un mystère.

Une rencontre historique restée secrète

L'image lui est revenue en regardant les funérailles du pape François à la télévision. Benoit Solès a repensé à un autre pape, Jean-Paul II, et à cet homme qui avait tenté de l'assassiner sur la place Saint-Pierre, à Rome, le 13 mai 1981 lors d'une audience publique. Un an et demi plus tard, le souverain pontife s'était rendu dans sa cellule pour rencontrer son agresseur. Ils avaient parlé vingt-deux minutes. De quoi ? Personne ne le sait.

« Le secrétaire particulier de Jean-Paul II a confirmé qu'il n'avait jamais su ce qu'ils s'étaient dit, alors que le pape lui disait toujours tout… » Il n'en fallait pas davantage pour piquer la curiosité du dramaturge. Après s'être intéressé au mathématicien Alan Turing dans La Machine de Turing (le blockbuster aux quatre Molières en 2019), puis à l'écrivain Jack London dans La Maison du loup, Benoit Solès revient avec « 22 minutes », présenté dès lundi 12 octobre à Anthéa, à Antibes, puis en novembre à Nice au théâtre de la Cité.

Comprendre, pas absoudre

Cette fois, il s'approche d'une énigme qui tient dans le huis clos d'une cellule. « Quand même, ce pape catholique qui pardonne à un jeune homme d'origine musulmane mais terroriste d'extrême droite, ça mélange beaucoup de thèmes qui en ce moment sont d'actualité… », lâche l'auteur.

Mehmet Ali Ağca a 22 ans lorsqu'il tire sur Jean-Paul II. « Derrière le geste, il y a un jeune homme, une enfance marquée par la pauvreté et les humiliations, puis l'engagement dans le mouvement ultranationaliste turc des Loups gris. » Benoit Solès choisit de remonter le fil de cette trajectoire, de raconter l'homme avant de le retrouver derrière les barreaux, face à celui qu'il a voulu tuer.

« Rien n'est tout blanc ou tout noir, certainement pas les hommes… Ce qui m'intéressait, c'était de comprendre comment on en arrive là », explique-t-il. Comprendre, pas absoudre. Le comédien sait que le sujet est sensible, qu'il touche à la violence politique, à la foi et à la figure d'un pape. Mais il ne veut pas faire le procès d'un homme depuis la scène, sans pour autant gommer la gravité de son acte.

Un seul en scène pour entrer dans la tête d'un terroriste

Pour raconter cette histoire, Solès a choisi de se retrouver seul au plateau, pour la première fois. Le projet était d'abord imaginé avec plusieurs comédiens mais « pour entrer vraiment dans la tête et dans la vie de cet homme, il fallait avoir le courage de le jouer, parce que ce n'est pas simple de jouer un terroriste, on pourrait me reprocher de l'humaniser, de l'héroïser… Alors que je ne le juge pas. À la fin d'ailleurs, le personnage dit “voilà maintenant, vous connaissez mon histoire, vous avez le droit de me juger, ou pas, de me pardonner, ou pas, c'est votre choix.” »

Benoit Solès y incarne aussi les figures qui traversent sa vie, jusqu'à Jean-Paul II. Sur scène, peu d'éléments : un tapis, une chaise, la lumière, et la musique composée par Marc Demis. Le reste repose sur le jeu, les métamorphoses et les silences.

Le pardon et le dialogue comme fils conducteurs

Le thème du pardon traverse « 22 minutes ». « C'est un geste qui est vraiment double, on pardonne à celui qui nous a fait du mal et, ce faisant, on annule aussi des sentiments de revanche ou de colère… », explique le comédien. La rencontre entre Jean-Paul II et Ağca lui permet aussi d'explorer cette possibilité fragile : celle du dialogue, de parler à l'autre, même lorsque tout semble devoir séparer.

Les spectateurs de Benoit Solès le savent : ses pièces ne s'arrêtent pas au tomber de rideau. Le metteur en scène aime ces histoires qui ouvrent des fenêtres. « Souvent, les spectateurs m'attendent à la fin pour poser des questions sur des thèmes comme la différence avec Turing, sur la création ou l'absence de création avec La maison du loup. Là, avec 22 minutes, on parle de l'origine du mal, la formation, la cristallisation du mal, combien elle peut être parfois volontaire, acceptée, voulue, ou combien elle peut être aussi subie. Dans un monde si brutal, où beaucoup de gens s'érigent les uns contre les autres, où tout est très polarisé, ce message d'écoute, de dialogue et de pardon apaise peut-être. »

À Anthéa, où il revient avec plaisir montrer ou créer toutes ses pièces, Benoit Solès retrouvera les 12 et 13 février un tout autre univers avec Le Fantôme de l'Opéra, une adaptation musicale originale dont il est l'auteur et le metteur en scène. Autre histoire qui laisse derrière elle quelques zones d'ombre…

Du lundi 12 au jeudi 15 octobre, à Anthéa, Antibes. 12/31 euros. Rens. anthea-antibes.fr. Et le 13 novembre à 20 h 30 au Théâtre de la Cité de Nice. Tarifs : 24/27 euros. Rens. www.theatredelacite.fr