Les affiches de fêtes de village, de brocantes et de soirées conçues par intelligence artificielle (IA) se multiplient sur les réseaux sociaux et dans les communes françaises. Ce phénomène, qui prend de l'ampleur depuis plusieurs mois, suscite l'inquiétude des graphistes professionnels et des organisateurs d'événements, qui dénoncent une uniformisation visuelle et une perte de sens.
Une prolifération constatée sur les réseaux sociaux
Selon un article de Libération publié le 20 août 2025, les affiches générées par des outils comme Midjourney ou DALL-E envahissent les pages Facebook des associations locales et les comptes Instagram des mairies. « On voit fleurir des visuels aux couleurs criardes, avec des personnages aux doigts déformés et des perspectives impossibles », explique un graphiste interrogé par le quotidien, qui préfère rester anonyme. Le journal relève que ces créations sont souvent réalisées en quelques minutes, sans respect des chartes graphiques des communes.
L'article cite l'exemple d'une brocante organisée dans le département de l'Eure, dont l'affiche, réalisée par un bénévole avec une IA, montrait un château d'eau flottant au-dessus d'un champ de lavande, pourtant absent de la région. « C'est devenu un jeu de deviner les erreurs », ironise un habitant cité par Libération.
Les graphistes dénoncent une concurrence déloyale
Les professionnels du graphisme tirent la sonnette d'alarme. « Ces affiches bradent notre travail et banalisent l'usage de l'IA sans réflexion éthique », déclare dans l'article un graphiste parisien, membre du collectif Graphistes Solidaires. Selon lui, les tarifs des créations IA, souvent gratuites ou très peu coûteuses, mettent en péril les petits studios locaux qui vivent des commandes des mairies et des associations.
Le journal rapporte que certaines communes, comme celle de Saint-Malo, ont déjà pris position. Un responsable de la communication de la ville affirme : « Nous avons décidé de ne plus utiliser d'images générées par IA pour nos affiches, car elles ne reflètent pas l'identité de notre territoire. »
Un impact sur la qualité des événements
Au-delà de l'aspect visuel, la prolifération de ces affiches pose un problème d'authenticité. « Une affiche de fête de village, c'est un moment de convivialité, un travail artisanal. L'IA ne peut pas capturer cette âme », confie un organisateur de brocante dans le Gers, cité par Libération. L'article souligne que les bénévoles, souvent peu formés au graphisme, se tournent vers l'IA par facilité, mais que le résultat peut nuire à la crédibilité de l'événement.
Selon les données recueillies par le journal, environ 15 % des affiches d'événements locaux partagées sur les groupes Facebook de villages en 2025 seraient issues de l'IA, contre moins de 2 % en 2023. Cette progression rapide inquiète les puristes, qui craignent une standardisation des visuels de la vie rurale.
Des solutions pour encadrer l'usage de l'IA
Face à cette situation, des initiatives émergent. Libération rapporte que l'association des maires de France (AMF) réfléchit à diffuser des recommandations pour encadrer l'usage de l'IA dans la communication locale. « Il faut sensibiliser les élus et les bénévoles à l'importance du travail des graphistes et à la valeur de la création humaine », explique un porte-parole de l'AMF.
En attendant, certains graphistes proposent des ateliers gratuits dans les villages pour aider les associations à créer des affiches sans IA, avec des outils simples comme Canva ou des logiciels libres. L'article conclut que le débat est loin d'être tranché, mais que la prise de conscience progresse, notamment chez les jeunes organisateurs d'événements.



