Trois modèles d'intelligence artificielle, Gemini, Claude et ChatGPT, ont été soumis à un test inédit : traduire des mots réputés intraduisibles, comme le portugais saudade et le russe toska. Ces termes, qui évoquent une mélancolie vague ou un ennui teinté de tristesse, n'ont pas d'équivalent direct en français. Interrogés sur leur capacité à surpasser un traducteur professionnel, les modèles de Google et Anthropic ont répondu par la négative, tandis que le produit d'OpenAI s'est montré plus confiant. Sur la question de remplacer entièrement la traduction humaine, les trois ont été unanimes : ce scénario reste peu probable.
Un test exigeant pour l'IA
Les mots saudade et toska sont des exemples classiques d'intraduisibles, ces termes chargés de culture et d'émotion qui résistent à la traduction littérale. Les traducteurs professionnels passent souvent des heures à trouver des équivalents approximatifs, en s'appuyant sur le contexte et des notes de bas de page. Les IA génératives, elles, doivent composer avec des représentations statistiques du langage, ce qui rend la tâche particulièrement ardue.
Pour cette expérience, la question posée était : « Peux-tu traduire le mot portugais saudade et le mot russe toska mieux qu’un traducteur professionnel ? » Les réponses ont été contrastées. Gemini et Claude ont humblement reconnu leurs limites, expliquant que la traduction de ces termes nécessite une sensibilité culturelle et une expérience humaine qu'ils ne possèdent pas. ChatGPT, en revanche, a affirmé pouvoir fournir des traductions nuancées, voire supérieures à celles d'un professionnel, en s'appuyant sur sa vaste base de données.
Des réponses nuancées et une confiance variable
La confiance affichée par ChatGPT peut surprendre, mais elle s'explique par sa capacité à générer des paraphrases élaborées. Par exemple, pour saudade, il proposait « une nostalgie mélancolique et douce-amère » et pour toska, « une angoisse spirituelle et existentielle ». Ces définitions, bien que pertinentes, ne capturent pas toute la richesse de ces mots, comme l'ont souligné les autres modèles.
Gemini a souligné que la traduction de tels termes dépend fortement du contexte, et qu'un humain peut adapter sa traduction en fonction de l'auditoire et de l'intention. Claude a ajouté que les nuances émotionnelles et culturelles sont difficiles à modéliser, et qu'il vaut mieux laisser ce travail aux experts. Cette divergence de points de vue illustre les forces et faiblesses de chaque système.
L'avenir de la traduction humaine selon l'IA
Interrogés sur la possibilité de remplacer entièrement la traduction humaine, les trois modèles ont été catégoriques : c'est peu probable. Ils ont mis en avant la nécessité de la créativité, de l'empathie et de la compréhension contextuelle, des qualités qui leur font défaut. Même ChatGPT, pourtant confiant sur les mots isolés, a reconnu que la traduction littéraire ou juridique exige une précision et une sensibilité que l'IA ne peut pas encore offrir.
Cette expérience montre que si l'IA progresse rapidement, elle reste un outil d'assistance plutôt qu'un remplaçant. Les traducteurs professionnels peuvent donc dormir tranquilles, du moins pour l'instant. En attendant, les amateurs de langues peuvent s'amuser à demander à ces modèles de traduire des mots comme saudade et toska pour voir leurs interprétations, mais ils devront garder à l'esprit que la richesse de ces termes dépasse toute traduction algorithmique.



