Dans les vallées des Alpes-Maritimes, la hausse des prix des carburants alourdit considérablement le budget des habitants, pour qui la voiture reste souvent le seul moyen de se déplacer pour travailler, faire ses courses ou rejoindre Nice. Selon l'Insee, près de 90 % des actifs ruraux utilisent leur voiture pour aller travailler, contre moins de 60 % dans les pôles urbains. Les ménages ruraux périurbains représentent 40,2 % des ménages surexposés aux prix des carburants.
Des trajets quotidiens devenus un luxe
Dominique, chauffeur d'autocar à la retraite, vit à Saint-Martin-Vésubie depuis 40 ans. Ce matin de septembre 2026, il fait le plein à la Station vésubienne de La Bollène-Vésubie, un arrêt indispensable. « On peut se retrouver coincé durant trente minutes en bas, alors on ne peut pas se permettre de manquer d'essence. Il n'y avait plus de SP95 et SP98 dans ma commune, c'est pour cela que je suis descendu », explique-t-il. La hausse des prix des carburants est un poids supplémentaire pour les habitants des vallées.
Laurent, artisan de Roquebillière, serre les dents en sortant de son utilitaire Vito jaune. Son entreprise est basée à Saint-Laurent-du-Var, et il se déplace au domicile des clients. Devant la pompe de gasoil à 2,55 euros le litre, il s'exclame : « Bientôt ce sera plus rentable de rester à la maison ! » Il calcule dépenser 200 euros par mois dans son réservoir. Son astuce : optimiser les déplacements et prendre de l'essence dans les stations Total qu'il croise avant de remonter dans l'arrière-pays. La plus proche se situe à 21 kilomètres plus bas, à Plan-du-Var, sur la commune de Levens, où il trouve du carburant à un prix plafonné : 1,99 euro par litre pour l'essence et 2,25 euros pour le gasoil. « On ne pouvait pas acheter une maison à Vence. Ici, oui », dit-il, même si l'équation est de moins en moins avantageuse.
« Un confinement par l'essence »
Flore, maman d'une petite fille, a déménagé de Nice à Pélasque (commune de Lantosque) il y a 7 ans pour gagner en pouvoir d'achat. Mais les trajets quotidiens vers la capitale azuréenne commencent à grever le budget : « Avant un plein de diesel me coûtait 50 euros. Aujourd'hui c'est 100 euros. » Christine, retraitée à Belvédère depuis 38 ans, regroupe ses trajets : « Quand je descends voir mes sœurs à Nice, j'en profite pour faire les courses. Je fais attention, je sors une ou deux fois la voiture par semaine. »
Laure, 84 ans, repart vers Mâcon (71) après avoir rempli son réservoir de 23 litres pour 56 euros. Sa maison familiale se trouve à Berthemont (commune de Roquebillière), où elle compte finir ses jours. Mais les plans de cette ex-enseignante au conservatoire de Paris sont remis en question. « Je voulais revenir dans trois semaines. Mais avec des tarifs aussi hauts, je dois annuler ma venue », annonce-t-elle. « Ça va nous pousser à un confinement par l'essence », tranche-t-elle.
Des stratégies d'adaptation et des attentes
Pour Claude, habitant de Moulinet, pas question d'attendre quoi que ce soit du gouvernement. En descendant de sa moto, il balaie d'un revers de gant la politique actuelle : « Macron, j'y ai jamais cru. » La question des carburants pèsera dans la campagne pour la présidentielle 2027. Lui a déjà son candidat : François Asselineau (UPR) ou rien.
Julie, venue des États-Unis avec ses triplés âgés de 5 ans et son époux, hallucine sur les prix de sa région d'enfance. « Cela fait 13 ans que je vis aux États-Unis, nous ne connaissons pas ces mêmes hausses », dit-elle. Elle compare avec leur véhicule habituel à Atlanta : « Mon mari conduit un pick-up Ford. Le plein lui revient à 75 dollars. Ici il devrait payer quatre fois plus cher pour le faire ! » Durant ce séjour, c'est opération covoiturage avec les proches pour limiter les dépenses.
Jean-Noël, retraité du secteur pharmaceutique, ironise devant son Range Rover blanc : « Vous voulez du Vuitton ou du Dior madame ? Ça coûte le prix d'un parfum maintenant », en regardant le volucompteur. Après 23 ans dans le Boréon, il ne se voit pas le quitter. Il espère voir le développement de bornes électriques et d'offres hydrogène : « Nous avons de magnifiques départs de randonnées, pourquoi ne pas développer les bornes électriques, l'offre hydrogène ? Ça rajoute de l'attractivité pour les touristes. » Il craint l'effet pervers de la hausse durable : « Et quand les prix vont baisser, on aura tous l'impression d'y avoir gagné. Même s'ils ne reviennent plus aux niveaux qu'on a connus… »