Exode massif de ChatGPT vers Claude : l'éthique et la performance en question
Exode massif de ChatGPT vers Claude : éthique et performance

L'abandon progressif de ChatGPT au profit de Claude

Depuis plusieurs jours, les requêtes Google et tutoriels vidéos explosent avec des questions comme « Comment migrer vers Claude depuis ChatGPT ? » ou « comment supprimer les données de mon compte OpenAI ? ». Une petite mélodie prend de plus en plus d'ampleur : celle d'un abandon progressif de l'un des agents conversationnels qui a longtemps compté parmi les plus populaires.

Les raisons d'un désamour croissant

Hallucinations, erreurs répétées, complaisance vis-à-vis de l'utilisateur : les critiques à l'égard de l'intelligence artificielle d'OpenAI s'accumulent. Mais le mouvement de désinstallation doit aussi, beaucoup, à un tout récent boycott impliquant jusqu'aux plus hautes sphères politiques des États-Unis.

Remontons en arrière : fin février, un accord de renouvellement entre l'armée américaine et Anthropic échoue. Le Pentagone a refusé de se plier aux limites éthiques à l'utilisation de Claude imposées par la maison mère de l'IA – c'est-à-dire l'interdiction de l'utiliser pour faire de la surveillance de masse des citoyens, ou de l'intégrer à des armes létales autonomes.

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Le Département de la Défense des États-Unis a même tenté de faire pression pour assouplir ce cadre. Le PDG d'Anthropic, Dario Amodei, tranche : « Nous ne pouvons pas, en toute conscience, accéder à cette demande (...) Dans certains cas, nous pensons que l'IA peut affaiblir, plutôt que défendre, les valeurs démocratiques. »

La réaction politique et ses conséquences

Presque instantanément, Donald Trump qualifie Anthropic d'« entreprise de gauche radicale dirigée par des personnes qui n'ont aucune idée de ce qu'est le monde réel » et l'inscrit sur la liste des sociétés présentant un « risque de sécurité nationale pour les approvisionnements » du Pentagone – une décision inédite pour un groupe américain.

OpenAI récupère le contrat, et assure avoir exigé des garanties opérationnelles – et non éthiques. Quelque 1 000 salariés de Sam Altman publient alors une lettre ouverte à leur dirigeant, qui dit toute leur désapprobation vis-à-vis de l'accord avec le Pentagone, assurant que celui-ci ouvre la voie aux « tueries autonomes, sans supervision humaine ».

L'impact sur les utilisateurs

Les employés de Sam Altman ne sont pas les seuls à s'en inquiéter : d'après le média spécialisé Tech Crunch, dans les jours qui ont suivi ces décisions, les suppressions de ChatGPT ont augmenté de 295 %. Sur les réseaux sociaux et en ligne, une initiative sous la forme d'une plateforme de mobilisation, « QuitGPT », prend de l'ampleur : ses organisateurs revendiquent aujourd'hui plus de quatre millions d'adeptes.

Parallèlement, les téléchargements de Claude montent. En France, le mouvement prend aussi. « Sam Altman est un opportuniste qui sacrifiera tout pour la survie d'OpenAI » annonce, de but en blanc, Pascal Malotti, Responsable de la stratégie de vente au détail mondiale et Directeur de la stratégie chez Valtech.

Témoignages d'anciens utilisateurs

« Si je n'avais pas arrêté ChatGPT il y a plusieurs mois, je l'aurais fait après le contrat avec le Pentagone », confie Pascal Malotti. Il y a six mois encore, ce directeur de stratégie utilisait pourtant l'agent conversationnel d'OpenAI pour « les phases de recherche et de structuration de raisonnement, le brainstorming » dans sa vie professionnelle.

Sur le plan personnel, ChatGPT était devenu « un compagnon pour de nombreuses tâches, notamment pour des sujets autour de la maison, la décoration, le bricolage ou les voyages » et avait fini par remplacer progressivement les recherches Google. Il reconnaît : « Comme OpenAI était le premier à sortir du bois, c'est devenu le leader de la catégorie. On a tous le réflexe d'utiliser ChatGPT en premier parce que c'est la référence. »

La découverte de Claude

Même son de cloche chez de nombreux autres ex-utilisateurs. Ludovic, conseiller en communication, a lui aussi eu vent de la polémique autour du contrat avec le Pentagone : « La médiatisation de Claude, qui était jusqu'ici utilisé par le ministère de la Défense américain, m'a fait me dire que ce modèle était très performant ! »

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Avant de se détourner de l'agent conversationnel d'OpenAI, il l'utilisait « tous les jours depuis deux ans, pour le pro et le perso », avec un abonnement mensuel de 23 euros. Corrections, traductions, brainstorming, recherches documentaires, veille… Tous les aspects « répétitifs » de son métier y passaient.

Il y a une semaine, il teste l'abonnement payant de Claude : « Sur l'aspect rédactionnel, je n'étais plus satisfait de ChatGPT. Pour le moment, Claude me comble : il est bien meilleur, permet de coder une application… J'ai donc résilié mon abonnement chez OpenAI. »

La question de la confiance

Florence Ambrosino, cofondatrice de SODAPI, éditeur d'un logiciel de facturation pour la télésurveillance médicale, explique pour sa part que les récentes prises de position d'OpenAI « ont clairement participé à ma décision de quitter ChatGPT : c'est ma manière à moi de ne pas les cautionner. »

Pour cette grande utilisatrice, qui usait quotidiennement l'IA depuis deux ans, la question de la performance s'est également posée : « ChatGPT commençait à tourner en boucle, était moins performant, commettait beaucoup d'erreurs, et était incapable de faire des documents propres, et avait beaucoup d'hallucinations. »

Elle assure lui avoir demandé de ne pas répondre s'il ne savait pas : « Il m'inventait des choses avec la plus parfaite mauvaise foi ! Je devais tout revérifier, je ne pouvais plus lui faire confiance. »

Un changement qui s'impose

Thomas Grousset, responsable commercial au sein d'Eurécia, une entreprise de logiciels RH, témoigne également : « C'est un secteur qui évolue très vite. Et j'avais remarqué tout un tas d'erreurs de ChatGPT. Quand je suis tombé sur une vidéo YouTube qui expliquait la puissance de Claude, je me suis lancé. En moins d'une semaine, j'avais déjà pris l'abonnement payant, et résilié celui de ChatGPT. J'ai largement gagné au change. »

Au moment de basculer sur la version payante de Claude, Florence Ambrosino évoque un « pincement au cœur », mais souligne : « Quand j'ai découvert qu'on pouvait rapatrier tout son historique ChatGPT, et conserver son socle de données, je n'ai pas hésité ! » Elle assure ne pas regretter : « La seule chose qui manque à Claude, c'est peut-être ce côté "humain", il est plus professionnel, plus froid. »

Le mouvement de migration des utilisateurs vers Claude semble donc s'installer durablement, mêlant considérations éthiques et recherche de meilleures performances techniques dans un paysage de l'intelligence artificielle en pleine évolution.