Dario Amodei, le patron d'Anthropic qui défie l'administration Trump sur l'IA éthique
Dario Amodei, le patron d'Anthropic qui défie Trump sur l'IA

Dario Amodei, le patron d'Anthropic qui défie l'administration Trump sur l'IA éthique

Le monde de l'intelligence artificielle est secoué par un conflit majeur entre Dario Amodei, fondateur et PDG d'Anthropic, et l'administration américaine de Donald Trump. Ce patron de l'IA générative Claude s'est lancé dans un bras de fer avec la Maison-Blanche, défendant une technologie « éthique » et limitée dans ses pouvoirs, en opposition directe avec son principal rival, Sam Altman d'OpenAI.

Un refus qui fait trembler Washington

« Franchir ces lignes est contraire aux valeurs américaines ! » a déclaré Dario Amodei fin février sur CBS, après avoir catégoriquement refusé que le gouvernement américain utilise son intelligence artificielle générative Claude pour de la « surveillance de masse » aux États-Unis ou pour la production « d'armes létales autonomes ». Cette prise de position courageuse a immédiatement créé des tensions avec l'administration Trump.

Pourtant, Claude était jusqu'alors très appréciée du Pentagone. Première plateforme admise sur le « cloud souverain » américain avec accès aux documents classifiés, elle avait été utilisée pour planifier des opérations sensibles, notamment l'enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro et, plus récemment, pour mener les frappes aériennes américaines en Iran.

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Les représailles de l'administration Trump

Le ministère de la Défense américain a réagi vivement à ces critiques. Le 5 mars, Anthropic a été classée comme un « risque pour la chaîne d'approvisionnement », ce qui lui interdit désormais tout contrat avec les entreprises travaillant pour la défense américaine. Dans la foulée, le Pentagone a signé un accord avec OpenAI, la maison mère de ChatGPT, pour remplacer Claude.

Depuis cette décision, Dario Amodei a discrètement renoué les négociations avec le gouvernement américain pour éviter qu'Anthropic ne soit considérée comme un ennemi de l'État. Mais ces discussions sont compromises par la fuite d'un mémo interne où l'entrepreneur explique qu'Anthropic est discriminée pour des raisons politiques : l'entreprise n'a pas financé Donald Trump, ni « chanté les louanges du style dictatorial [de Trump] (contrairement à Sam Altman, patron d'OpenAI) ».

Un visionnaire de l'IA éthique

À 42 ans, Dario Amodei défend avec conviction une intelligence artificielle éthique, « alignée » avec l'intérêt général et la démocratie. Il a récemment publié un essai particulièrement alarmant qui recense les dangers potentiels de l'IA puissante, annonçant une période qui « mettra à l'épreuve notre identité en tant qu'espèce ». Il va même jusqu'à évoquer le risque de « l'extermination de l'humanité ».

Né en 1983 à San Francisco, Amodei a étudié la physique et les neurosciences dans les universités les plus prestigieuses des États-Unis (Caltech, Princeton, Stanford). Après de brefs passages chez Baidu puis Google, il intègre en 2016 la start-up OpenAI de Sam Altman, alors à but non lucratif. Désapprouvant le virage mercantile de l'entreprise, il fonde Anthropic en 2021 avec quelques collègues, dont sa sœur Daniela, alors vice-présidente de la recherche.

Une rivalité personnelle exacerbée

La rivalité entre Dario Amodei et Sam Altman est devenue légendaire dans le milieu de l'IA. Les deux hommes se détestent tellement qu'ils ont refusé de se tenir la main, mi-février, sur une photo des leaders mondiaux du secteur posant aux côtés du Premier ministre indien Narendra Modi au sommet de l'IA de New Delhi.

Cette opposition personnelle s'est transformée en avantage pour Anthropic. Déjà plateforme préférée des entreprises, notamment comme outil de codage, l'IA d'Anthropic a bénéficié auprès du grand public de la rébellion anti-Trump d'Amodei. De nombreux utilisateurs ont désinstallé ChatGPT au profit de Claude, qui a provisoirement pris la tête des téléchargements d'applications d'IA sur l'App Store d'Apple.

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Un engagement philanthropique remarquable

L'engagement éthique de Dario Amodei trouve ses racines dans son histoire personnelle. Son père, Riccardo, un artisan maroquinier d'origine italienne, et sa mère américaine, Elena, qui travaillait pour des bibliothèques, sont morts quand leurs enfants étaient étudiants. Amodei redoute que l'essor de l'IA n'aggrave les inégalités : selon lui, les milliardaires des Big Tech « devraient être prêts à renoncer à leur richesse et à leur pouvoir ».

De fait, Dario et sa sœur Daniela – chacun riche d'environ 7 milliards de dollars – se sont engagés à donner 80 % de leur fortune à la philanthropie, un geste rare dans le monde de la tech.

L'heure du compromis

Avec des revenus attendus de 18 milliards de dollars cette année (en hausse de 20 %), Anthropic vaut sur le papier plus de 380 milliards de dollars. Même si son contrat avec la défense américaine ne porte « que » sur 200 millions de dollars, la société ne peut pas se permettre d'être considérée comme « ennemie » par l'administration Trump.

De leur côté, les militaires américains aimeraient conserver ce précieux outil technologique. L'heure est donc sans doute au compromis, mais Dario Amodei a déjà marqué l'histoire de l'intelligence artificielle en démontrant qu'une approche éthique pouvait s'opposer aux plus puissants intérêts gouvernementaux.