Une simple phrase répétée avec différentes émotions, de la colère à la joie en passant par la drague : c'est le principe de la trend « emotion trend » qui cumule plus de 67 millions de posts sur TikTok. Cette tendance, en apparence anodine, pourrait en réalité constituer une ressource précieuse pour l'intelligence artificielle.
Une tendance virale aux airs de collecte de données
Les paroles sont simples, répétées, et les émotions bien distinctes. Certains internautes se demandent si cette trend n'a pas été créée spécifiquement pour entraîner les modèles d'IA des géants de la tech. Interrogée, Laurence Devillers, professeure en IA à Sorbonne Universités, répond sans détour : « Sans doute ! ».
S'il est difficile de déterminer les origines exactes de cette tendance, la chercheuse ironise : « c'est une super idée pour récolter des données sur nos émotions gratuitement ». Elle ajoute : « Les Chinois sont très friands des logiciels de reconnaissance des émotions. Une société a tout à fait pu lancer ce type de trend ».
Des données gratuites et accessibles à tous
Laurence Devillers rappelle que cette méthode n'est pas nouvelle : « c'est ce qui a été utilisé dans les premiers travaux sur la détection des émotions par les IA. Pour entraîner les systèmes d'intelligence artificielle prédictive, dans les années 2000, on avait recours à des données de voix qui disaient la même phrase sur différentes intonations ».
Sur les réseaux sociaux, ces données sont accessibles à tous et totalement gratuites. « Pour nous chercheurs, ce ne serait pas éthique de manipuler les gens comme ça pour collecter leurs données. Sur un réseau social, c'est du vol. Mais des gens moins éthiques peuvent se dire que c'est une bonne façon de collecter, voire vendre des corpus de données », explique-t-elle, d'autant que ces contenus sont extrêmement viraux.
Les limites de la collecte émotionnelle
Collecter des informations via cette trend comporte toutefois des limites. Selon la chercheuse, en fonction de nos émotions, « le timbre, l'énergie, le rythme, les mots qu'on va employer » varient. Pour qu'une IA puisse saisir les subtilités humaines, « il y a beaucoup d'informations à prendre en compte sur l'aspect linguistique », assure-t-elle. Et de conclure : « plus c'est naturel, mieux c'est pour ceux qui collectent les données ».



