Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, participera ce lundi 7 septembre au Sommet Lumière, organisé à la Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence. Cette rencontre inédite, voulue par Emmanuel Macron et son homologue sud-coréen Lee Jae-myung, réunira plus de 200 personnalités de l'industrie du cinéma et de l'animation. Avant de donner une conférence sur « Le Festival de Cannes, la splendeur d'une idée universelle » à l'espace Miramar de Cannes, Frémaux a accordé un entretien à Nice-Matin pour expliquer ses attentes.
Un sommet inédit au plus haut niveau de l'État
« La force d'un tel sommet vient d'abord et tout simplement de son existence », affirme Thierry Frémaux. « C'est le premier du genre et qu'il soit pensé au plus haut sommet de l'État est un événement fondamental. Vous n'imaginez pas l'effet que cela fait sur les professionnels étrangers. » Il souligne également que la décision conjointe de la France et de la Corée du Sud « prouve que le cinéma reste un enjeu national ». Le délégué général insiste sur le caractère politique de l'initiative : « Que le Président Macron choisisse d'organiser un “Choose France” en matière de cinéma et d'audiovisuel comme il l'a fait pour la tech, la grande industrie et d'autres domaines relève d'un véritable acte politique. »
L'événement vise à forger de nouvelles alliances face aux bouleversements récents et à l'apparition de nouveaux modèles économiques, notamment gratuits. Selon Frémaux, « ce sommet a comme première vertu de réunir tous les professionnels qui comptent dans le monde ». Il suscite un intérêt inédit parmi les acteurs du secteur.
Le rôle central de Cannes et les urgences de l'industrie
Interrogé sur la place du Festival de Cannes, Frémaux rappelle que « Cannes a une place à part et on le sent tous les jours ». Avec la présidente du Festival, Iris Knobloch, ils souhaitent « humblement se mettre à la hauteur des enjeux » aux côtés de leurs collègues. « Nous serons tous là, à égalité si j'ose dire, car nous serons tous réunis pour le même objectif de se parler et d'établir l'état des lieux », précise-t-il. Il ajoute : « Il est toujours émouvant de voir combien le monde du cinéma compte sur Cannes pour protéger le cinéma. »
Pour le délégué général, l'urgence est claire : « Il faut protéger, renforcer, encourager la création car elle reste la clé de tout ». Il évoque des exemples historiques comme le Nouvel Hollywood ou la Nouvelle Vague pour montrer que le renouveau vient des jeunes cinéastes. Toutefois, il admet que « le sommet doit aussi affronter avec lucidité les points de faiblesse », notamment la fréquentation qui n'est pas revenue aux niveaux d'avant Covid, et la concurrence de nouveaux acteurs privés.
Plateformes et IA : vers une collaboration nécessaire
Concernant les plateformes, Frémaux estime que l'opposition est dépassée : « Le cinéma n'a jamais cessé d'exercer sa souveraineté et les plateformes, qui sont une invention exceptionnelle, doivent contribuer au financement de la production, ce qu'elles font désormais. » Il reconnaît que « la concurrence est rude », mais les terrains d'entente sont nombreux. Il cite des films comme Odyssées, De Gaulle ou Fjords comme preuves que « l'espoir est permis », tandis que les plateformes sont elles-mêmes concurrencées par YouTube.
Sur l'intelligence artificielle, le délégué général adopte une position nuancée : « Il ne faut ni la sacraliser, ni en avoir peur. Elle sera ce que l'humanité en fera. » Il appelle à la souveraineté pour éviter les dérives observées avec les réseaux sociaux. « Il faut refuser que l'IA vole les auteurs, reproduise les voix et les visages des vedettes disparues, empêcher que nos enfants ne sachent plus discerner le vrai du faux », insiste-t-il. Le sommet doit ainsi réfléchir à l'éducation à l'image. « Chacun le sait : vu son caractère inéluctable, il faut faire de l'IA un véritable progrès. Et une alliée », conclut-il.
La salle de cinéma, plus que jamais l'avenir
Face à la crise des modèles traditionnels, Frémaux relativise : « Le box-office français, américain, mondial est excellent en cette année 2026. » Il salue l'impact des plateformes gratuites qui révèlent de jeunes cinéastes capables de créer des œuvres comme Obsession ou Backrooms. « Le cinéma s'est toujours renouvelé par la jeunesse », rappelle-t-il, insistant sur la nécessité de garder des salles « désirables ».
Pour lui, la salle est l'avenir du cinéma : « Plus que jamais ! » Il cite les multiplexes de Cannes et d'Antibes qui « ne désemplissent pas ». Cinq ans après le Covid, les prédictions sur la mort des salles se sont avérées fausses. « L'idée de Lumière - partager l'émotion collective par une projection sur grand écran - est intacte », affirme-t-il. Il oppose cette vision à celle d'Edison, « un petit écran individuel », qui revient avec les plateformes. Mais il observe que la magie opère toujours : « Lorsqu'on dit à un enfant ou un adolescent fou d'internet et de jeux vidéo : “Samedi on va au cinéma !”, on voit sur leurs visages que la magie est intacte. »



