Le fabricant chinois Unitree Robotics a vu son action bondir d'environ 500 % lors de son entrée en Bourse à Shanghai, une première pour un fabricant de robots humanoïdes en Chine continentale. Cette envolée intervient après la présentation de sa nouvelle création, Superman, un robot capable de sprinter à 12,66 m/s et de réaliser un saut en hauteur de 2 mètres, des performances surpassant les records humains. Mais au-delà de l'engouement médiatique, ces machines suscitent des questions sur leurs capacités réelles et leur déploiement futur dans nos sociétés.
La Chine, leader incontesté du marché
Selon Gregorio Ameyugo, directeur du département IA et robotique du Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), « c'est bien la Chine qui domine aujourd'hui sur le marché des robots humanoïdes ». Cette domination s'explique par une stratégie nationale de long terme : le gouvernement chinois considère la robotique comme un secteur stratégique important. Les fabricants chinois bénéficient d'un écosystème de production complet, soutenu par l'État, ce qui leur permet de réduire considérablement les coûts.
Les robots américains et européens peuvent rapidement atteindre des coûts dépassant les 100 000 euros, tandis que les robots chinois sont produits pour un prix allant de 30 000 à 60 000 euros. Cette différence de prix est cruciale dans un secteur où l'architecture des humanoïdes est « chère, coûteuse et complexe », comme le souligne l'expert.
Des prouesses techniques impressionnantes, mais des limites persistantes
Les robots humanoïdes actuels sont capables de reproduire « de façon très fluide, voire impressionnante, les mouvements du corps humain », explique Gregorio Ameyugo. Ces démonstrations s'appuient sur une technique logicielle appelée apprentissage par renforcement. Cependant, l'objectif reste de les rendre capables de s'adapter à tous les environnements et de multiplier leurs capacités.
« Il faut que le robot puisse passer partout, qu'il puisse tout faire dans un lieu donné. Aujourd'hui, ça n'est pas le cas », admet l'expert. Le PDG d'Unitree lui-même, le lendemain de son entrée en Bourse, a appelé à la modération des attentes. Olivier Liot, directeur de recherche au CNRS dans le laboratoire d'analyse et d'architecture des systèmes (LAAS) de Toulouse, partage ce constat : « L'intérêt, c'est qu'on ait qu'un seul robot qui sache faire plusieurs tâches. Dans les entreprises, cela sera peut-être bientôt faisable, mais chez les gens, c'est plus compliqué. »
Un déploiement progressif, d'abord dans l'industrie
L'utilisation domestique reste une perspective lointaine en raison des exigences de fiabilité. « Un robot qui fait 90 % de succès, ce qui est déjà énorme en robotique humanoïde, ça veut dire qu'il va tomber en panne une fois sur dix. C'est déjà trop », explique Olivier Liot. Gregorio Ameyugo ajoute : « Quand ChatGPT se trompe aujourd'hui, ça fera, au pire, un petit scandale. Mais si un robot se trompe, ça peut très rapidement mettre des vies humaines en danger et faire des dégâts. »
Les experts s'accordent à dire que les robots humanoïdes apparaîtront d'abord dans le monde professionnel. « On en croisera au travail bien avant d'en avoir chez nous », prédit Gregorio Ameyugo. Sur les champs de bataille, Olivier Liot note qu'« il n'y a pas encore d'applications militaires », seuls des robots quadrupèdes utilisant les mêmes algorithmes ayant été déployés en Ukraine, avec des résultats peu concluants.
L'IA, clé de voûte de la robotique humanoïde
Les avancées en robotique humanoïde sont étroitement liées à celles de l'intelligence artificielle. Gregorio Ameyugo observe que « DeepSeek, le ChatGPT chinois, a pris des parts dans Unitree lors de son entrée en Bourse », avec un partenariat pour développer l'IA qui rendra ces robots « utiles et fiables ». Il compare ce développement à celui des pilotes automatiques de voiture : « Les technologies, le débat, les méthodes : tout se reproduit de façon miroir. Tesla pense qu'avec l'IA, son pilote pourrait engranger les données et donc devenir parfait. Mais malgré tout, on continue à avoir des accidents mortels un peu inexplicables. »
En France, la recherche progresse également. Olivier Liot cite Wandercraft, qui teste ses exosquelettes avec Renault et a déjà envoyé ses produits aux États-Unis. « Certains des logiciels utilisés par tous les robots humanoïdes du monde ont été faits en France », ajoute Gregorio Ameyugo. Les transferts de technologies développées pour les humanoïdes profitent déjà aux chaînes de montage. « Il est très probable qu'avant d'arriver à un robot capable de tout faire, on voie apparaître des robots à deux bras, mais sur des roues », conclut l'expert. À court terme, ce sont donc des robots moins sophistiqués mais plus spécialisés qui feront leur apparition dans les usines françaises.



