L'astrophysicien Patrick Michel, originaire de Saint-Tropez, est un expert mondial de la défense planétaire contre les astéroïdes. Il donne une conférence ce vendredi 7 août à Saint-Tropez pour présenter les missions spatiales à venir et sensibiliser le public aux risques d'impact.
Un engagement de longue date
Directeur de recherche au CNRS et responsable scientifique à l'Agence spatiale européenne (ESA), Patrick Michel a commencé sa carrière par l'étude théorique des astéroïdes. Au début des années 2000, l'ESA l'a sollicité pour rejoindre un comité d'experts chargé de recommander des missions de préparation au risque d'impact. Depuis, il pilote plusieurs projets majeurs, dont la mission Hera, qui a récemment survolé l'astéroïde Didymos.
« Au départ, je faisais surtout de la théorie. J'étais fasciné par la prédiction de la trajectoire de ces objets dans l'espace et le risque de collision », explique-t-il. Aujourd'hui, la défense planétaire est devenue un domaine en pleine expansion, bien que encore trop méconnu du grand public.
Une prise de conscience nécessaire
Selon Patrick Michel, les scientifiques ont énormément progressé dans la compréhension du risque. Un groupe sous l'égide de l'ONU a été créé pour organiser une réponse coordonnée à l'échelle internationale. Cependant, il déplore un manque d'engagement politique : « Ce sont des phénomènes avec de très faibles probabilités, mais de grandes conséquences. Le jour où il arrive quelque chose, ce seront les politiques qui décideront. Et si on n'est pas préparé, si on n'a pas de protocole, on improvisera et on finira comme les dinosaures. »
Pour l'instant, les efforts se concentrent sur les objets de 140 mètres de diamètre, car leur impact pourrait toucher une zone habitée. Les plus grands, comme celui qui a causé l'extinction des dinosaures (10 km de diamètre), sont tous répertoriés, et leur déviation est jugée impossible avec les technologies actuelles.
Une coopération internationale essentielle
Dans un contexte géopolitique tendu, Patrick Michel reste optimiste : « La science a ce pouvoir d'unifier. On est toujours en compétition entre les États mais l'exploration spatiale fonctionne dans un esprit de coopération. » Il insiste sur la nécessité de maintenir des liens entre les nations, indépendamment des contextes politiques.
La France, avec ses scientifiques reconnus internationalement, joue un rôle clé. Mais l'astrophysicien regrette que les politiques français ne mesurent pas toujours l'importance de ces enjeux : « J'ai eu des discussions surréalistes avec des politiques. Qu'est-ce que c'est loin d'eux ! » Il plaide pour une intégration de la connaissance scientifique au ministère de la Culture.
Un calendrier chargé
Patrick Michel est responsable de trois projets majeurs : le rover Idefix, qui sera envoyé en octobre, la sonde Hera, qui arrivera autour de Didymos à l'automne, et Ramses, qui survolera Apophis en 2029. « Quand on est passionné, on ne compte pas. Réussir, c'est accepter beaucoup d'efforts, du temps long et des échecs en cours de route », confie-t-il.
Il partagera également son expérience lors d'une séance de dédicaces de son livre « La défense planétaire contre les astéroïdes » (éditions Odile Jacob, 2026), à 17h à la librairie Scarlett, suivie de la conférence à 18h30 à la salle Jean-Despas.
L'émerveillement comme porte d'entrée
Pour Patrick Michel, les événements célestes comme l'éclipse du 12 août ou les Perséides sont des occasions uniques de sensibiliser le public : « L'émerveillement est un chemin vers la connaissance. L'éclipse, les Perséides nous rappellent que nous sommes tous égaux face aux phénomènes célestes. »
Son amitié avec Brian May, guitariste de Queen et spécialiste de stéréoscopie, illustre cette ouverture : « J'adore le mélange des genres. Brian est une rock star mais aussi un spécialiste de stéréoscopie. Les arts demandent une capacité à s'émerveiller, de la créativité, de l'intuition, ce que l'on retrouve en science. » Ils préparent d'ailleurs un deuxième livre ensemble.



