Une cyberattaque russe déjouée in extremis en Pologne
À la veille du Nouvel an, des agents russes ont failli déclencher le chaos en Pologne en tentant de provoquer une panne électrique de grande ampleur. Cet incident, évité de justesse, est attribué par les autorités de Varsovie à des groupes de hackers dépendant du Service fédéral de sécurité (FSB), le principal service secret russe. D'un point de vue militaire, ce type d'opération est particulièrement inquiétant, car il pourrait faciliter une attaque de l'armée russe contre les pays baltes.
Une escalade dans la guerre hybride
La Pologne est depuis plusieurs mois la cible d'actions de guerre hybride menées par la Russie et son allié biélorusse. Ces actions incluent des campagnes de désinformation, l'incursion de drones le 9 septembre dernier, et un attentat à l'explosif près de Lublin le 17 novembre, qui a endommagé une ligne ferroviaire cruciale pour le transport vers l'Ukraine. L'agression informatique du 29 décembre représente une escalade significative par rapport aux cyberattaques précédentes, selon un rapport de l'agence de cyberdéfense polonaise (CERT Polska).
En effet, cette attaque n'était pas destinée à l'espionnage ou à l'extorsion de données, mais bien à détruire les systèmes informatiques ciblés à l'aide d'un logiciel malveillant de type wiper. Elle a été déjouée grâce à une riposte rapide des agents de la CERT Polska, avec l'aide de la société européenne de cybersécurité ESET. Le rapport compare l'impact potentiel de cette attaque à celui d'un incendie criminel dans le monde physique.
Une opération préparée de longue date
Préparée depuis le printemps 2025, l'agression a coïncidé avec une période de froid polaire et de tempête de neige en Pologne. Elle a visé une trentaine d'installations d'énergie renouvelable, notamment des éoliennes, des fermes solaires, et une centrale thermique approvisionnant en chauffage environ un demi-million de personnes. Les autorités polonaises attribuent cette attaque à un groupe de hackers connu sous les noms de Static Tundra, Berserk Bear ou Dragonfly, identifié comme un faux nez du Cercle 16, une unité du FSB spécialisée dans la cyberguerre.
Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a accusé ces groupes d'être directement liés aux services russes, mettant en péril la sûreté énergétique et la sécurité de l'État. Le ministre du Numérique, Krzysztof Gawkowski, a expliqué que la Pologne était passée très près d'une panne électrique massive, soulignant que l'ampleur de l'agression et l'identité du commanditaire indiquent une opération coordonnée visant à couper délibérément l'électricité pour les citoyens polonais.
Implications stratégiques pour l'Otan
Une telle cyberattaque, couplée à une action militaire russe contre un pays balte comme la Lituanie, constituerait un scénario cauchemardesque pour l'Otan. Une panne électique perturberait gravement les transports terrestres et la logistique militaire, qui dépend largement du chemin de fer pour acheminer les renforts. Cela pourrait bloquer les efforts de défense suffisamment longtemps pour permettre aux forces russes d'atteindre leurs objectifs opérationnels.
Le corridor de Suwalki, large de seulement 65 kilomètres entre la Biélorussie et l'exclave russe de Kaliningrad, est considéré comme le talon d'Achille de l'Otan. Un black-out électrique soudain en Pologne entraverait sérieusement sa défense. Cette cyberattaque prouve que les dirigeants russes connaissent cette vulnérabilité occidentale et se préparent à l'exploiter, renforçant les craintes d'une attaque contre un pays balte.
Impact sur le secteur énergétique polonais
Le ministre de l'Énergie, Milosz Motyka, a précisé que les agresseurs avaient tenté de perturber la communication entre les installations de production d'électricité et les opérateurs de réseaux sur une vaste partie du pays. L'importance des énergies renouvelables en Pologne a augmenté ces dernières années, atteignant 29 % de la production d'électricité en 2025. Même en hiver, elles peuvent fournir jusqu'à un quart de la consommation totale, ce qui rend cette attaque particulièrement critique pour la stabilité énergétique nationale.