L'industrie du jeu vidéo contre-attaque après les annonces de Macron
Après l'agression au couteau d'une enseignante par un élève de 14 ans dans un collège de Sanary-sur-Mer, le président Emmanuel Macron a annoncé le 5 février 2026 le lancement d'une étude sur l'impact des jeux vidéo sur les jeunes. Cette prise de position a suscité de vives réactions de la part des acteurs du secteur et des professionnels de santé mentale, qui appellent à distinguer corrélation et causalité.
Une confusion dénoncée par le secteur
Nicolas Vignolles, délégué général du Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (SELL), exprime un sentiment de surprise, de déception et d'interrogation. Il critique une mise en cause globale du jeu vidéo, qu'il juge injustifiée, soulignant que le président entretient une confusion entre jeux vidéo et réseaux sociaux. Le jeu vidéo est un art, une industrie culturelle à part entière, affirme-t-il, comparant cela à une attaque contre le cinéma ou la musique.
Il insiste sur l'existence de dispositifs d'encadrement déjà en place, comme la classification PEGI, inscrite dans la loi française, et des outils de contrôle parental disponibles sur la plupart des consoles et ordinateurs. Selon lui, le principal enjeu réside dans la méconnaissance de ces outils par certaines familles, et il se dit prêt à travailler avec les pouvoirs publics pour renforcer la sensibilisation et l'éducation au numérique.
Le consensus scientifique mis en avant
Le Syndicat national du jeu vidéo (SNJV) rappelle dans un communiqué que le consensus scientifique actuel ne permet pas d'établir de lien entre jeux vidéo et comportements violents. Il dénonce des raccourcis préoccupants et exprime sa volonté de contribuer à toute étude fondée sur une méthodologie scientifique indépendante et rigoureuse.
Le regard des psychologues : symptômes plutôt que cause
Caroline Schoenacker, psychologue, observe que lorsqu'il y a un usage excessif des jeux vidéo, il y a presque toujours autre chose derrière. Elle explique que la difficulté psychique est souvent présente en premier lieu, et que le jeu vidéo vient s'y greffer ensuite. Elle met en garde contre la confusion entre corrélation et causalité, affirmant qu'il n'existe aucune étude scientifique démontrant un lien de causalité entre jeux vidéo et violence.
Elle reconnaît que, chez certains profils très fragiles, le jeu peut être vécu comme une simulation, mais cela reste rare et toujours associé à d'autres facteurs. Sur la question des interdictions, elle plaide pour le dialogue, l'éducation aux médias et un encadrement précoce, estimant que l'interdiction pure ne fonctionne jamais.
Un appel à l'éducation plutôt qu'à la répression
L'industrie et les psychologues convergent sur la nécessité d'une politique d'éducation au numérique plutôt que de mesures symboliques. Ils appellent à une approche fondée sur la sensibilisation et le soutien aux familles, pour mieux comprendre et utiliser les outils existants.