Affrontements ultras à Paris : le témoignage choc d'une cliente
Affrontements ultras à Paris : le témoignage d'une cliente

« Moi, je n’ai pas le souvenir d’avoir eu peur pour ma vie. Mais certains pensaient qu’ils allaient mourir. » La nuit d’angoisse que raconte Manon, 32 ans, s’est déroulée dans un restaurant du Xe arrondissement parisien. L’un de ces secteurs meurtris par les attentats du 13-Novembre. La scène de panique vécue par les clients de L’Atmosphère, en bordure du canal Saint-Martin, n’a pourtant rien à voir avec le terrorisme. Juste avec le hooliganisme.

Une soirée d'été qui tourne au cauchemar

Manon, Bordelaise installée à Paris depuis sept ans, s’est trouvée aux premières loges, jeudi soir, des affrontements qui ont opposé ultras niçois et parisiens au cœur de la capitale, à la veille de la finale de Coupe de France entre l’OGC Nice et le RC Lens. Elle et ses amies n’ont pas été blessées. Mais nombre de témoins sont restés choqués. « C’était impressionnant », témoigne Manon, sidérée par ce spectacle navrant, et soucieuse de corriger des inexactitudes : « J’ai lu que les Niçois s’en étaient pris aux badauds. Je n’ai pas vu ça. »

Jeudi 21 mai, vers 22 h, la jeune femme sort d’un rendez-vous professionnel. Elle retrouve deux amies pour boire un verre à L’Atmosphère, dans une soirée au parfum d’été. « Nous étions tous en terrasse. » Y compris cette quinzaine d’hommes vêtus de noir, attablés près d’elles. « Je me suis dit que c’était des hooligans. Je les reconnais, j’avais l’habitude d’en voir à Bordeaux. »

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L'irruption de la violence

Manon n’y prête pas plus attention. Jusqu’au moment où le groupe disparaît en courant, aux cris de « On y va, on y va ! » « Une de mes copines a entendu que ça commençait à se battre. » Manon ne voit pas la scène d’emblée. Elle surprend le reflet des gyrophares sur les murs. « On a alors vu que la moitié du pont était occupé par des mecs habillés en noir. Il y avait des cris et un mouvement de foule. » Un fight vient d’éclater entre ultras niçois et parisiens, juste au-dessus du canal Saint-Martin. Les premiers sont manifestement arrivés de la rive opposée. Peu à peu, la bagarre se rapproche. « Des mecs de Paris ont reculé. Je pense qu’ils sont venus se mettre à l’abri parce que les autres étaient beaucoup trop nombreux. »

Une serveuse de L’Atmosphère lance alors aux clients : « Rentrez tous, on va fermer. » Elle est même arrivée à dire : « Pensez à récupérer vos affaires », rapporte Manon, épatée par son sang-froid. Le staff veut baisser le rideau métallique. Trop tard. Les premiers ultras parisiens ont trouvé refuge à l’intérieur, suivis de près par leurs adversaires. « Il y a eu un effet de marée. Ils sont arrivés d’un coup et ont commencé à tout péter ! »

La fuite et la peur

Une amie s’engouffre dans le restaurant. Manon et son autre copine gagnent l’annexe. Elle appelle alors l’amie restée seule. Pas de réponse. Des clients se sont réfugiés à l’étage. « J’ai essayé de les faire passer par les passe-plats. L’un d’eux l’a fait », s’excuse presque Manon. Ce n’était forcément pas nécessaire, estime-t-elle avec le recul. Mais à l’instant T, « il y avait des hurlements, le bruit des fenêtres qui éclatent, des chaises qui volent ».

Soudain, le vacarme s’interrompt. La police vient siffler la fin de la partie. Manon s’en va libérer les autres clients de leur cachette. « Plusieurs d’entre eux s’étaient mis sous les tables. Certains avaient eu la présence d’esprit d’éteindre les lumières, pour éviter qu’ils ne montent à l’étage. » Mais le premier individu dont elle croise la route n’est autre qu’un ultra. « Y’a des Parisiens ? Vite, y’a les flics ! », lance-t-il. « Je lui ai demandé : « Mais pourquoi vous faites ça ? » Il m’a mis un coup de pression, m’a poussée et fait comprendre qu’il ne fallait pas insister. Il s’est barré avec quatre ou cinq potes. »

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Une analyse sans concession

La pression retombe. Manon constate les dégâts, et tente de saisir les ressorts de cette bataille rangée. « Certains disaient : « On a gagné, on a gagné ! » J’ai pensé : « OK, l’humanité peut faire ça. » » Selon elle, des passants ont applaudi les ultras parisiens en leur lançant des slogans antifa. De quoi la laisser sans voix. « Visiblement, être antifa ne rend pas anticon », grince Manon. Elle se refuse d’arbitrer un prétendu match entre « fachos » et antifas. « C’étaient les mêmes habits, les mêmes personnes. Ils sont tous pareils. Le foot n’a rien à voir dans cette histoire. C’est la violence qui les anime. Peut-être que le foot est un bon prétexte pour la faire sortir. Mais on ne peut pas tenir des propos humanistes et appliquer des méthodes qui relèvent des régimes totalitaires ! »

Manon va même plus loin. Dans le cadre de son Master en sciences sociales, elle a étudié les mécanismes du djihadisme. Toutes proportions gardées, « c’est un processus de radicalisation extrémiste. On appartient à un groupe, et le groupe est plus important que le club. Certains s’en foutent du foot ! Ces gens ont besoin d’aller voir un psychologue », assène la jeune femme, désolée pour « les vrais supporters ».