La Section Paloise crée la sensation en 1946 : un titre de champion de France inattendu
Dans un contexte d'après-guerre où le rugby avait déjà repris ses droits depuis 1942, la Section Paloise remporte un second titre de champion de France en créant la sensation, face à des Lourdais donnés favoris. Ce récit s'appuie sur l'article publié initialement le 24 mars 2022, plongeant dans les archives pour revivre cet événement historique.
Le cadre historique d'une finale mémorable
Historiquement, le 24 mars 1946 est associé au deuxième sacre palois sur le plan national. Cette date s'inscrit dans un contexte d'après-guerre qui n'interfère que très peu sur une compétition ayant déjà repris ses droits depuis le 5 juin 1942, après avoir cessé en 1939. Ce championnat de France de rugby, 47e du nom, fut donc celui d'une Section triomphant, au Parc des Princes, de Lourdais invaincus jusqu'alors avec un score de 11-0.
Considérés comme l'une des premières superpuissances rugbystiques du monde nouveau, les Bigourdans, déjà finalistes de l'édition précédente, recueillaient logiquement la faveur des augures journalistiques. « Les Lourdais éventuels champions de France », s'avançait même Louis Ferdinand dans L'Équipe, à la veille de ce presque derby disputé à 800 km des deux villes. Une prophétie plutôt gonflée, comme le montrera la suite des événements.
La préparation et le rôle clé d'Albert Cazenave
Jean Estrade, acteur de cette finale quelques mois après son retour de déportation, rappelle que les Palois n'étaient pas favoris. « Nous n'étions pas favoris. Ce fut même un miracle que l'on est parvenu en finale […] On a gagné 3-0 à Toulouse, sur un but de Carmouze, un coup de pot. On a battu Montferrand 25-0. J'ai marqué ce jour-là trois essais et pourtant, Albert Cazenave m'a engueulé parce que je ne me repliais pas […] En demi-finale, on marque deux essais, pour gagner 6-3. Et nous voilà en finale, ce qui était inattendu. Mais je crois que nous sommes arrivés en forme au bon moment. »
Cette victoire doit beaucoup à la rigueur martiale d'Albert Cazenave, une personnalité hors norme. Capitaine des champions de France de 1928, président du titre de 1964, et manageur de celui de l'entre-deux, Cazenave débarque avec des méthodes aussi éprouvées qu'éprouvantes. Géo Perley dans la IV République des Pyrénées prévient : « Albert Cazenave est décidé à ne tolérer aucun laisser-aller. Il intégrera dans la team quelques vedettes de petits clubs béarnais régulièrement qualifiées pour le club doyen. Un peu de sang nouveau paraît en effet indispensable en vue du rendement plus efficace de l'équipe. »
Le déroulement de la finale et la revanche des trois-quarts
Le dogme de la culture physique imposé par Cazenave est à la base du succès de ses joueurs. Louis Ferdinand dans L'Équipe reconnaît : « Jamais, l'équipe de la Cité des miracles ne donna l'impression de marquer un seul essai […] Nous sommes d'autant plus à l'aise pour apprécier l'exhibition des Palois que nous ne leur avions pas accordé la faveur de notre pronostic. »
Cette victoire est aussi celle d'une ligne de trois-quarts plus dominatrice encore que la mêlée lourdaise ne l'avait été. Si « les avants de la 'Cité des miracles' ont pris le meilleur sur le pack palois » selon Jean Gibert dans l'Athlète, ce déséquilibre fut compensé par « la tactique béarnaise, consistant simplement à transmettre le ballon aux ailes, et en plusieurs occasions, les attaques lancées furent de grande classe. »
Jean Estrade décrit les essais : « Le premier est venu d'une relance de notre arrière, Jean Carmouze. Je reçois la balle, et déborde Palavicini […] A 20 m de la ligne, je suis repris par Fonfon Soro. Je recentre au pied, et Lauga récupère de volée pour marquer. Le second est pas mal non plus. C'est un côté fermé, à droite, joué par Robert Duthen qui déborde Faget. Il est plaqué et Théo Cazenave récupère le ballon pour marquer. »
Les célébrations et l'impact durable
Ex-président du club, Yves Tour décrit amoureusement l'accueil réservé aux héros béarnais : « Leur retour de Paris fut grandiose. Une foule immense attendait les joueurs en gare de Pau. La Palmerais, le Boulevard des Pyrénées étaient noirs de monde. Les joueurs, juchés sur des voitures décapotables, remontèrent la côte de la gare sous les vivats de la foule. »
Les journalistes parisiens imaginent les célébrations avec humour : « Avec du pétillant et doré jurançon dans les verres, écrit-on dans But, on a chanté, près du château d'Henri-IV, 'Bet céou de Paou'. » Aux dernières nouvelles, les puristes de la langue béarnaise ne s'en sont toujours pas remis.
Ce titre si renversant que le bouclier se fait la malle lors du tour d'honneur, reste gravé dans les mémoires comme un moment phare de l'histoire du rugby français, illustrant la résilience et l'esprit sportif dans l'après-guerre.



