Le calvaire médical de Baptiste Heguy, troisième ligne de l'Aviron Bayonnais
Baptiste Heguy, l'épreuve médicale du joueur de rugby

Le calvaire médical de Baptiste Heguy, troisième ligne de l'Aviron Bayonnais

Depuis deux mois, Baptiste Heguy a mystérieusement disparu des feuilles de match de l'Aviron Bayonnais. Le troisième ligne de 27 ans a été terrassé par un virus et des complications difficiles à diagnostiquer, plongeant dans un parcours médical éprouvant entre hospitalisation et centre de rééducation.

Une absence volontairement discrète

La disparition du groupe professionnel est passée relativement inaperçue aux yeux du grand public. Ce silence est un choix délibéré de l'Aviron Bayonnais et de Baptiste Heguy lui-même, qui ont opté pour ne pas communiquer sur sa situation. La raison officielle invoquée était simplement « un virus », masquant une réalité bien plus complexe.

Le joueur a finalement accepté de s'entretenir avec Sud Ouest à la clinique Marienia de Cambo, dévoilant les véritables raisons de son absence prolongée. « Aujourd'hui, ça va, j'ai quasiment tout récupéré », affirme-t-il, tout en précisant immédiatement que la nuance est importante.

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Un syndrome neurologique extrêmement rare

Baptiste Heguy souffre du syndrome opsoclonus-myoclonus, une maladie auto-immune rare qui provoque des mouvements rapides et anarchiques des yeux ainsi que des troubles sévères de l'équilibre et de la coordination. « J'aurais chopé ça à la suite d'une contamination virale, pensent les médecins. Mon corps a surdéfendu le virus et s'est attaqué à mon système nerveux », explique le joueur.

L'incidence de cette pathologie est exceptionnelle : un cas sur cinq millions, soit seulement treize Français touchés chaque année. « Jackpot ! J'avais plus de chances de gagner au Loto… », commente avec ironie le rugbyman basque.

Une descente aux enfers physique

Les premiers symptômes sont apparus début février, quelques jours après un match à Toulouse. « J'ai des vertiges, je commence à avoir des légers tremblements, beaucoup de fatigue, comme un léger état d'ivresse… Et aussi les yeux qui commencent à trembler », décrit Heguy.

Malgré un premier diagnostic de névrite vestibulaire et un traitement aux corticoïdes, son état s'est rapidement aggravé. « Je tremble de plus en plus, marche de moins en moins bien. La moindre petite sortie me fatigue, je suis incapable de lire un SMS, ça tangue, les nystagmus s'intensifient, je vomis énormément… » Le gaillard de 100 kg perd dix kilos en seulement dix jours.

L'hospitalisation et l'incertitude

Hospitalisé d'urgence le 13 février, Baptiste Heguy subit une batterie complète d'examens médicaux. « Je pensais faire l'aller-retour à l'hôpital et je ne suis toujours pas rentré chez moi depuis », confie-t-il aujourd'hui.

Les résultats ont été partagés avec les centres spécialisés de Paris et Lyon, références dans les maladies neurologiques rares. « Cette pathologie peut être d'origine virale, ce que pensent les médecins, ou oncologique. Il fallait à tout prix écarter le cancer », précise Marion, sa compagne infirmière.

Le long chemin de la rééducation

Après onze jours difficiles au CHU, le joueur rejoint la clinique Marienia de Cambo pour sa rééducation. « Quand ils m'ont vu arriver ici, ils ont dit : Wow ! J'ai passé deux semaines en fauteuil roulant », se souvient-il.

Les progrès sont néanmoins rapides grâce à sa condition physique d'athlète. Le regard se stabilise, le poids remonte vers les 100 kg et les traitements régulent progressivement ses syndromes parkinsoniens. Le moral suit l'amélioration physique.

Le soutien indispensable de l'entourage

L'environnement familial et sportif joue un rôle crucial dans sa convalescence. Sa compagne Marion se met en arrêt de travail pour rester à ses côtés. Son beau-frère boucher le ravitaille en protéines, tandis que le talonneur Vincent Giudicelli « dévalise une boulangerie pour le requinquer en glucides ».

Le team manager Louis Carlod l'emmène voir ses coéquipiers en stage à Seignosse, maintenant ainsi le lien avec le monde du rugby.

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La perspective d'un retour progressif

Baptiste Heguy devrait poursuivre sa convalescence au Campus de l'Aviron dès la semaine prochaine, avec du matériel adapté à son statut de sportif de haut niveau. « D'être dans l'environnement du club va me faire du bien », estime-t-il.

Le joueur adopte cependant une approche prudente : « Je ne me fixe pas de date. C'est d'abord le corps, d'abord la santé. Le rugby, ça reste secondaire. Tout se fera au ressenti ».

Les questions qui l'ont assailli pendant deux mois commencent à s'apaiser : « Est-ce que je vais retrouver la forme que j'avais avant ? Est-ce que ce virus ne va pas revenir ? Psychologiquement, toutes ces inquiétudes sont écartées. Mais j'attends de reprendre complètement, d'être sûr que tout soit parti ».

En attendant son retour sur les terrains, Baptiste Heguy regardera ses coéquipiers à la télévision, philosophe et déterminé à surmonter cette épreuve inattendue.