Ben Dhiman a marqué l'histoire de l'UTMB samedi en remportant l'édition 2026 en 18h16, un chrono historique. Le coureur américain de 34 ans, qui vit à Bagnères-de-Bigorre avec sa femme française et leurs trois enfants, s'est confié à 20 Minutes au lendemain de son sacre. Il revient sur sa performance exceptionnelle, son parcours hors norme et ses choix forts, notamment son refus de participer aux Championnats du monde de trail.
Une victoire historique et une nuit blanche
Ben Dhiman a avoué avoir très peu dormi après sa victoire : « Pas trop, je n'ai dormi qu'une ou deux heures, j'étais trop activé mentalement, toujours dans le fight et l'émotion. » Il explique que son corps ne comprend pas l'arrêt de l'effort : « Il y a tant d'inflammations et de chocs que c'est impossible de tout relâcher comme ça. »
Cette victoire, la première américaine depuis Jim Walmsley en 2023, a été saluée par des chants « USA, USA » sur le parcours. Ben Dhiman, qui n'a pas encore la nationalité française mais qui est en train de la demander, a été particulièrement touché par le soutien du public français : « Les Français étaient géniaux samedi. Ils avaient beaucoup d'enthousiasme, ils étaient très fiers de moi, surtout ceux de ma région, puisque j'habite dans le petit village de Bagnères-de-Bigorre. »
Un choix fort : pas de Championnats du monde
Interrogé sur une éventuelle participation aux Championnats du monde de trail, Ben Dhiman est catégorique : « Je n'ai pas l'intention de faire des Championnats du monde de trail avec la France ou les Etats-Unis. » Il justifie ce choix par son attachement à ses racines américaines et son refus de représenter un autre pays : « Je ne renie pas les Etats-Unis, je ne représenterai pas un autre pays. Même si l'image des Etats-Unis a changé depuis quelques années, ce sont mes racines et c'est quelque chose que je ne vais jamais perdre. »
Il précise qu'il ne participera probablement jamais aux Mondiaux : « Si je participe, ça sera pour ma nationalité de naissance, et je n'ai pas le sang “red white and blue”. Je pense que c'est mieux si ceux qui participent aux Mondiaux ont vraiment la passion pour leur pays. »
Un parcours de vie hors norme
Avant de devenir un champion d'ultra-trail, Ben Dhiman a vécu une vie de nomade : « J'étais en mode nomade et découverte pendant presque dix ans. Je voyageais partout, j'étais un randonneur sur des expéditions à pied de très longue distance, un “thru hiker” comme on dit en anglais. » Il a notamment rencontré sa femme, Ophélie, lors d'un voyage en Inde en 2018, ce qui a changé sa vie : « J'ai rencontré Ophélie et c'est clair que ça n'est pas possible de garder ton épouse si tu pars marcher pour six mois chaque année. »
Son passage au trail professionnel s'est fait en 2021, lorsqu'il a appris qu'il allait être père : « On était en Australie et on a appris qu'Ophélie était enceinte. On a décidé de venir vivre en France et sur mon premier visa, ils ont mis un tampon disant que je n'avais pas le droit de travailler. » Il a alors décidé de se consacrer pleinement au trail pour subvenir aux besoins de sa famille.
Un succès construit sur l'expérience
Ben Dhiman a connu des débuts difficiles à l'UTMB, avec des abandons en 2023 et 2024. Il explique ces échecs par le stress : « Beaucoup de monde a des problèmes gastriques pendant l'UTMB, et c'est souvent lié au stress. L'estomac se rebelle quand tu ajoutes une surcharge de glucides dans un corps qui est très agité et stressé. » Il ne regrette rien : « Je ne changerais rien, je suis content d'avoir cette histoire, avec quatre éditions consécutives comme ça. »
Sa victoire en 18h16 est d'autant plus remarquable qu'il avait terminé deuxième en 19h51 l'an passé. Il explique cette amélioration par plusieurs facteurs : « L'organisation a décidé d'enlever du parcours les Pyramides calcaires, donc c'est déjà 30 minutes en moins. Il y avait aussi un changement de parcours en Suisse, où en raison d'un glacier, on a été un peu sur la route et pas sur le sentier habituel, donc on a peut-être gagné cinq minutes là aussi. Et puis on a aussi gagné du temps avec la météo parfaite. »
Malgré les forfaits de Jim Walmsley, Kilian Jornet et Tom Evans, Ben Dhiman assure que cela n'a pas été une motivation supplémentaire : « Non pas trop. C'est souvent l'histoire de l'UTMB et d'autres grandes courses… C'est très difficile d'arriver sur la ligne de départ en forme, beaucoup de coureurs sont usés. »
Le nouveau champion a également évoqué son échange avec son dauphin, Baptiste Chassagne, une semaine avant la course : « J'adore ce mec, il est trop sympa. C'était un échange très cool d'1h30 entre deux athlètes avec des perspectives un peu différentes. »
Pour la suite, Ben Dhiman vise la Western States en Californie et espère remporter plusieurs autres UTMB. Il souhaite aussi que son profil multiculturel puisse inspirer : « Je pense que c'est déjà bien d'avoir ces images de moi qui gagne. Ça serait trop cool que ça inspire des jeunes. »



