Mathis Desloges, la révélation tricolore du ski de fond, dévoile ses ambitions pour 2030
Il a fait crier devant la télévision du bureau pour du ski de fond, et même à plusieurs reprises. Ce n'est pas le moindre des exploits réalisé par Mathis Desloges, la révélation française des Jeux d'hiver, qui a rendu visite à 20 minutes avec trois médailles d'argent soigneusement cachées dans des chaussettes de sport. Interview avec l'homme qui compte tout casser à nouveau en 2030.
Un retour sur terre après la féerie olympique
Les Jeux olympiques sont terminés depuis deux semaines. Es-tu encore sur ton petit nuage ? Non, j'ai eu le temps de redescendre, de revenir à la réalité. Mais j'ai toujours en tête ce qui s'est passé, ça c'est sûr !
Tu t'es surpris toi-même lors de ces Jeux ? Oui et non parce que j'ai préparé ces Jeux depuis de longs mois. Je me préparais pour ça, dans l'objectif de faire des médailles. J'avais annoncé mes ambitions avant les Jeux. Donc surpris, non, mais très fier de l'avoir fait. Parce qu'entre ce qu'on entreprend, ce qu'on veut faire et ce qu'on fait, des fois, il y a un fossé. Pour ma part, je venais pour une médaille individuelle et une en relais. Je repars avec deux en individuel, le compte est bon !
Une préparation exceptionnelle pour des résultats historiques
Tu n'étais jamais monté sur un podium de Coupe du monde. Comment expliques-tu que tu as réussi aux JO ce que tu n'avais jamais fait auparavant ? J'ai préparé les Jeux comme je n'avais jamais préparé une autre course. J'ai poussé les curseurs beaucoup plus loin que d'habitude. J'ai aussi pris plus le temps, j'ai mis en place des choses que je n'aurais pas spécialement mises en place pour des Coupes du monde. Les Jeux olympiques, c'est tous les quatre ans, c'est extraordinaire, et tout le monde prépare cet événement comme aucun autre. Je suis très fier de ce que j'ai fait. Ce qui détermine aussi un grand champion, ce sont les performances le jour J.
Tu penses pouvoir remettre ces choses en place dans l'avenir ? Bien sûr, je peux très bien les remettre en place pour les Jeux dans quatre ans. Je pense pousser encore un peu plus loin les curseurs, faire les choses encore un peu mieux. Je pense que j'ai une marge de progression assez importante sur certains aspects de la performance. Sur une saison entière, c'est difficile d'imaginer avoir un tel niveau de performance, mais par contre, sur des moments de la saison, oui, bien sûr.
Un accueil triomphal et des projets d'entraînement
Tu as été reçu comme une rock star à Villard-de-Lans. Dans ces moments-là, tu ressens quoi ? Tu prends une claque ? Ouais, c'est énormément de joie. La partager avec les gens de chez moi, c'était dingue. J'ai revu des anciens copains avec qui on s'était perdu de vue, c'était assez riche en émotions. J'ai hâte de refaire ça dans quatre ans ! C'était aussi un moment d'échange et de partage avec les plus jeunes des clubs. C'est important de donner envie aux prochaines générations de faire du ski de fond, parce que c'est un sport magnifique. Si je peux transmettre ça, c'est important pour moi.
Avec 120 000 euros de primes, on achète quoi ? Une belle voiture ou un tapis de ski à roulette ? Vous avez la réponse ! Je n'achèterai pas une nouvelle voiture, je vais sûrement acheter un tapis pour m'entraîner. Je passerai beaucoup d'heures d'entraînement dessus donc c'est le projet. Le projet, c'est 2030, je suis déjà tourné vers les Jeux à la maison. Je mettrai tout en place pour performer et ramener des titres olympiques là-bas.
Ça coûte cher, un tapis comme celui que tu voudrais ? Ça coûte très, très cher. Je passe 100 % des primes dedans !
Ce serait un vrai plus dans ton entraînement ? C'est un super outil, qui permet de monitorer toutes les séances et d'avoir un suivi. On n'a pas de capteur de watts comme le vélo, pas de vitesse comme la course à pied, on ne peut pas monitorer l'entraînement de manière exacte. Un tapis, c'est la façon pour nous d'avoir tout ce monitoring et de suivre ma progression. C'est aussi un outil qui peut permettre de s'entraîner à l'intérieur quand le temps nécessite de le faire.
Des inspirations et des défis pour l'avenir
Tu t'inspires pas mal du cyclisme dans l'approche de ton sport. Comment ? Je m'inspire de tous les sports d'endurance d'une manière générale : le cyclisme, la course à pied, le triathlon. Le cyclisme est en avance d'un point de vue professionnalisme et engagement dans sa discipline, ça peut m'inspirer sur beaucoup d'aspects : des façons de s'entraîner, de récupérer, des protocoles… Je ne copie pas, à chaque fois ça nécessite une réflexion avec le staff de l'équipe de France. Il y a des techniques que je peux mettre en place dans mon quotidien : des sorties longues, des recettes de semaines avec tel entraînement tel jour, des volumes horaires, des charges d'entraînement… Ce sont des petites choses que je vais chercher à droite à gauche.
Les fameux gains marginaux ? C'est ça. Des petites choses qui, mises bout à bout, font de grands résultats.
Tu as affiché ton ambition de te rapprocher de Johannes Klaebo. Qu'est-ce qui vous sépare pour le moment ? C'est 4,9 secondes exactement (rires). C'est de la maturité, il est bien plus âgé que moi : il a 29 ans, j'en ai 23. Il y a des choses qui demandent du temps dans les sports d'endurance pour être plus fort physiologiquement. Je ne suis pas du tout à mon prime sportif, je suis encore trop jeune. Lui, il l'est. On sait que sur les sports d'endurance, les meilleures années, c'est 27, 28, 29 ans. J'en suis encore loin donc je pense que j'ai encore de belles années d'entraînement. Je peux être plus performant qu'aujourd'hui.
Un équilibre entre sacrifices et plaisirs
Tu vas peut-être un peu plus lâcher la bride sur d'autres choses, par exemple la nourriture ? Je l'ai déjà fait. Dès la fin des Jeux, j'ai commencé à manger plus normalement et à me coucher un peu plus tard. Je contrôle tout et l'implication que j'ai mise sur les Jeux olympiques, je ne peux pas la tenir de façon durable et saine. Ça faisait quelques mois qu'il y avait très peu de plaisir à l'entraînement et au quotidien. Pendant la prépa, à 22 heures, j'étais déjà endormi depuis longtemps. Après, tous les sacrifices que j'ai faits sont mille fois récompensés par ces médailles. Je ne regrette rien, ça m'a donné raison. Mais ma perte de poids n'était pas très saine niveau santé. Tenir un tel poids de forme, ça me coûte énormément dans la tête. Je suis quelqu'un de très gourmand, j'adore manger du sucre et des desserts. Je n'en ai pas mangé de la prépa donc là, pouvoir manger un dessert, c'est un énorme plaisir. Le quotidien, pour moi, c'est manger un dessert à tous les repas !
C'est quoi le premier dessert que tu as mangé ? Un flan. J'adore les flans. Ce matin, j'en ai mangé un autre, à Paris. Il y en a de très bons ici !



