Roland-Garros 2026 : Loïs Boisson, de l'euphorie à la renaissance
Roland-Garros 2026 : Loïs Boisson, de l'euphorie à la renaissance

Rien n’a changé. Et pourtant, tout a changé. Comme l’an dernier, Loïs Boisson, 23 ans, déambule vers les courts d’entraînement de Roland-Garros flanquée de son coach, Florian Reynet, pour préparer son premier tour ce mardi face à Alina Kalinskaya. Il y a douze mois, le binôme tricolore avait enflammé le tournoi du grand chelem parisien, avec des exploits contre Jessica Pegula (n° 3) et Mirra Andreeva (n° 6) avant de tomber en demi-finales contre la future lauréate, Coco Gauff.

Un conte de fées pour la Bourguignonne, 361e mondiale. Si proche, mais si loin. Depuis, la numéro 1 française a vécu une année cauchemardesque, rappelant ces derniers jours celui dont elle s’était séparée à la veille de l’US Open 2025 pour jouer les pompiers de service. Tout avait pourtant bien commencé.

Un trou noir de sept mois

Un mois et demi après son épopée dans la capitale — et une parenthèse délicate sur un gazon anglais dont elle ignorait jusque-là l’existence — Loïs Boisson décroche sur terre battue le tournoi WTA de Hambourg. Une confirmation et la promesse de lendemains qui chantent. Pas pour longtemps. Sa saison s’achève en effet dès… septembre 2025, et un abandon face à l’Américaine Navarro au 3e tour de Pékin.

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Le début d’un long trou noir qui va durer sept mois. La Française souffre d’abord du quadriceps de la cuisse gauche. Puis contracte une blessure à l’avant-bras droit pendant sa préparation pour 2026. Un mélange d’inflammation autour des tendons et d’une déchirure qui va lui pourrir la vie. De diagnostic erroné en mauvaise gestion de la pathologie, les jours passent et le mal reste.

« C’était très différent de toutes les blessures que j’ai pu avoir, résume Boisson. Parce que je ne savais pas. Il n’y avait pas de délai précis. C’était dur mentalement d’être dans l’inconnu des jours, des semaines, des mois. À certains moments, j’ai pensé que ça allait être compliqué pendant peut-être des années. Mais au fond de moi, je savais que tout se soigne, tout finit par passer. »

Le naufrage à Madrid

Son nouvel entraîneur, Carlos Martinez, recruté après l’US Open, est réduit au chômage technique. Il disparaît d’ailleurs du paysage début avril, après un maigre tournoi en commun, pour laisser place quelques semaines plus tard au Néerlandais Rick Vleeshouwers. C’est lui qui assiste au naufrage du retour à la compétition au WTA 1 000 de Madrid. Un premier tour très délicat après 204 jours d’absence, noyée dans un central désert à la tombée de la nuit (6-1, 6-3), face à l’Américaine Peyton Stearns.

« Honnêtement, je l’avais visualisé différemment, glissait la Tricolore dans la zone mixte espagnole. Je n’avais pas visualisé une défaite comme ça. Je m’attendais à ce que ça puisse être dur comme ça, mais aussi que ça puisse aller beaucoup mieux (…) Il faut retrouver les bonnes habitudes, les bons réflexes, les bons placements… Et ça, on ne peut le faire qu’en jouant des points. Quand j’aurai plus de repères, le bras partira mieux. »

La 50e joueuse au classement WTA n’a pas eu beaucoup le loisir d’en trouver en cinq petits matchs de préparation. Mais sa victoire au 1er tour à Strasbourg, la semaine dernière contre la Chinoise Wang Xinyu (avant de tomber face à la tête de série numéro 1 Mboko), lui a offert pas mal d’espoir et quelques assurances. « Quand j’ai repris, ce n’était pas encore du 100 %. Aujourd’hui, je sens que le bras va vraiment bien », explique-t-elle.

« Repiocher un peu dans ses souvenirs »

« Clairement, ce n’est pas facile. Mais d’après ce que j’ai pu apercevoir de sa semaine à Strasbourg, c’est déjà mieux, observe Amélie Mauresmo, la directrice de Roland-Garros. Il faut qu’elle compte sur son feeling. Quand on joue bien, quand on se sent bien dans un tournoi, on essaie d’y revenir avec les sensations de l’année précédente. Donc, au-delà du travail mis en place tous les jours, c’est repiocher un peu dans ses souvenirs et cette confiance corporelle qu’elle pouvait avoir. »

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Même s’il n’y a pas un océan de certitudes, Alizé Cornet veut également voir le verre à moitié plein. « Il faut arrêter de s’inquiéter pour tout et pour rien, soupire la capitaine de l’Équipe de France de Fed Cup. Elle a déjà fait demie et, si elle ne le refait pas cette année, ce n’est pas grave. Le tout, c’est que son corps tienne, que la santé soit au rendez-vous. Elle est repartie avec Florian et je trouve ça cool. Ils ont vécu une belle aventure l’année dernière. Espérons qu’ils arrivent à recréer cette belle alchimie. Kalinskaya est plutôt une joueuse de dur, elle peut lui causer des problèmes. Et ensuite, qui sait ? La machine peut se relancer. »

De nombreux points à défendre

Fabrice Santoro y croit beaucoup moins. « Ça me paraît quand même une montagne insurmontable, lâche le consultant pour Prime Video. Déjà, cela aurait été dur si elle était arrivée avec des succès et de la confiance… » L’intéressée prend les choses avec philosophie. Sans trop s’attacher aux attentes extérieures et à ces 780 points glanés l’an passé qui pourraient faire un gros trou au compteur en cas de contre-performance précoce.

« Je sens l’engouement autour, sourit-elle. J’ai pu m’en rendre compte à Strasbourg, où c’était la première fois que je rejouais en France depuis Roland 2025. Je suis vraiment contente, parce que ça me fait du bien. Ce sont des ambiances où je sais que je peux encore élever mon niveau du jeu. » Le public de Roland-Garros sait ce qu’il lui reste à faire…