Depuis plus de 30 ans, l'association Odyssée Plongée, basée à Sète, permet à des personnes en situation de handicap de pratiquer la plongée sous-marine toute l'année. Le club associatif sétois prône l'inclusivité et développe des cours adaptés, avec des moniteurs formés et un équipement spécialisé. Jean-Christophe Bonnet, président depuis sept ans, explique : « Nous étions précurseurs dans ce domaine grâce à l'ancien président Emmanuel Serval et aujourd'hui on continue de porter l'inclusion pour tous dans les cours de plongée. Même si c'est une pratique qui semble peu accessible, nous la rendons possible pour tous. »
Une sensation d'apesanteur recherchée
Frédéric, 49 ans, plongeur en situation de handicap, vient de Saint-Martin-de-Londres pour plonger au moins une fois par mois avec l'association. Sa mère, Janine, témoigne : « Quand il plonge, il ne sent plus le poids de son corps, il est heureux et libre. » Frédéric ajoute en riant : « Je suis comme un poisson dans l'eau. » Il a déjà participé à de nombreuses sorties organisées par l'association, notamment en Égypte, où « il ne voulait plus revenir tellement il était bien », selon Janine. Grâce à la plongée, il a « tissé des liens très forts avec les moniteurs » et est devenu « plus sûr de lui et tellement passionné ».
La plongée crée aussi du lien social. Après chaque sortie en mer, les plongeurs restent en moyenne deux heures ensemble pour vérifier qu'il n'y a aucun accident de décompression. « C'est toujours l'occasion d'avoir des instants de convivialité », révèle le président en souriant.
Des adaptations matérielles et humaines
Pour permettre à des personnes handicapées de plonger, l'association dispose de moniteurs formés et de matériel adapté. Certains plongeurs expérimentés, comme Stéphane, ont leur propre équipement pour être plus autonomes ; Stéphane doit notamment porter des bottillons car il n'a pas de sensations dans les pieds. Pour les débutants, l'association fournit tout le matériel nécessaire. « Nous avons trois bateaux adaptés. Ils ont juste à venir avec maillots de bain et serviette et on leur fournit tout le reste. On a même investi dans des fauteuils roulants pour aller sur les bateaux et une potence pour sortir les gens, qui ne peuvent prendre l'échelle, de l'eau », détaille Jean-Christophe Bonnet.
Camille, 62 ans, devenue tétraplégique après un accident de la route, raconte : « Quand je suis arrivée, dans ma tête ça n'allait pas trop et le président de l'époque, Emmanuel, m'a beaucoup aidée. » Stéphane, 48 ans, a découvert la plongée en rééducation après un grave accident de moto il y a deux ans. « Je me suis battu. J'ai eu une rééducation lourde. Aujourd'hui, je marche, mais la paraplégie est toujours là, invisible et douloureuse », confie-t-il. « J'ai direct accroché avec l'esprit de l'association et cette sensation d'apesanteur dans l'eau. »
Des progrès et des responsabilités
Grâce à la pratique régulière, Camille a fait de nombreux progrès sur son corps et l'espace qui l'entoure. Stéphane, lui, trouve un soulagement à ses douleurs : « Je plonge le plus souvent possible parce que ça compense ce que les médicaments n'arrivent pas à faire. » Il a même pu passer ses deux premiers niveaux de plongée « comme un valide », car il répondait aux prérequis.
Camille, arrivée en 1992, a été la première personne en situation de handicap licenciée à l'association. Elle est rapidement devenue trésorière, puis responsable du pôle handisub (programme officiel de la Fédération française d'étude et de sports sous-marin) et du pôle animation. Malgré un emploi du temps chargé, elle continue de plonger car « quand on plonge, on oublie tout. On se concentre sur la respiration et ça sécrète des hormones positives. On obtient un apaisement immédiat », sourit-elle.



