À deux jours de la grande finale entre l’Espagne et l’Argentine dimanche 19 juillet à 21 heures (heure française), et à la veille de la petite finale opposant la France à l’Angleterre samedi 18 juillet à 23 heures, le ballon n’est plus forcément au centre de l’actualité. Entre politique, diplomatie, droits humains, argent et querelles territoriales, cette Coupe du Monde 2026 s’est imposée comme un miroir grossissant des tensions du monde.
Le duel Messi contre Yamal sur la pelouse, Trump contre Sánchez en tribunes
La finale opposera les deux meilleures équipes du tournoi, l’Argentine et l’Espagne. Elle réunira également deux dirigeants qui incarnent des visions du monde difficilement conciliables. Après le locataire de la Maison-Blanche, dont la présence au MetLife Stadium est confirmée depuis jeudi, le cabinet du Premier ministre espagnol a annoncé vendredi à l’Agence France-Presse (AFP) que Pedro Sánchez prendra place lui aussi dans l’enceinte de la périphérie de New York, avant de se rendre en Algérie. Le roi d’Espagne Felipe VI est également attendu. Ce n’est pas le cas, en revanche, du président argentin Javier Milei, qui regardera la rencontre depuis son pays, par superstition.
Pedro Sánchez ne traverse pas l’océan Atlantique par hasard. Le chef du gouvernement espagnol a choisi d’assister à ce qui pourrait devenir le second sacre mondial de la Roja, après un premier titre remporté en 2010. Sa présence ajoute une dimension politique à une finale qui n’en manquait déjà pas. Le Premier ministre espagnol est l’un des dirigeants européens les plus critiques à l’égard de Donald Trump. Ces derniers mois, les relations entre Madrid et Washington se sont régulièrement tendues autour du commerce, de l’Otan, de la politique migratoire ou encore de la guerre à Gaza.
Dimanche, les deux hommes assisteront donc au même match. L’un soutiendra l’Espagne. L’autre remettra le trophée aux vainqueurs aux côtés de Gianni Infantino, comme le président de la Fifa l’avait publiquement annoncé : « Nous remettrons le trophée au vainqueur, bien sûr, ensemble. » Lors de la finale de la Coupe du Monde des Clubs à l’été 2025 sur cette même pelouse, le président américain était resté scotché au podium pendant les célébrations de Chelsea, à la surprise générale. « Je pensais qu’il allait quitter la scène, mais il a voulu rester », avait glissé Levi Colwill, défenseur des Blues.
Une ONG réclame une minute de silence avant la finale
Human Rights Watch (HRW) a demandé qu’une minute de silence soit observée dimanche avant Espagne-Argentine afin de rendre hommage à deux personnes tuées ce mois-ci lors d’opérations menées par l’ICE, la police américaine de l’immigration : un Mexicain à Houston (Texas) et un Colombien à Biddeford (Maine). Pour Minky Worden, directrice des initiatives mondiales à HRW, « il serait tout à fait approprié que la Fifa observe une minute de silence avant la finale. […] Un centre de rétention de l’ICE se trouve à seulement 9 miles [14,5 kilomètres] du stade, et c’est pour la Fifa l’occasion de tenir les promesses qu’elle avait faites selon lesquelles cette Coupe du Monde respecterait les droits humains », a-t-elle déclaré auprès de l’AFP.
L’ONG estime déjà que ce tournoi restera gravé dans les mémoires comme la « Coupe du Monde MAGA », en référence au slogan trumpiste « Make America Great Again ». Amnesty International, par la voix de Daniel Norona, son directeur des campagnes pour les Amériques, a également dénoncé l’inaction de la Fifa, estimant que l’instance n’a pas tenue la promesse d’un Mondial respectueux des droits humains. Le contexte rend par ailleurs la demande formulée par HRW encore plus inflammable : Donald Trump sera dans les tribunes. Pedro Sánchez également. Autrement dit, la Fifa devra peut-être choisir entre le protocole et le symbole.
La Coupe du Monde la plus riche de l’histoire distribue désormais des bagues
Le football n’a jamais autant rapporté. La Fifa aura distribué 655 millions de dollars (575 millions d’euros) lors de cette édition, soit près de 50 % de plus qu’au Qatar, selon un communiqué de l’instance datant de décembre 2025. Même une équipe éliminée dès le premier tour repart avec au moins 10,5 millions de dollars. Le futur champion empochera 50 millions. Le finaliste recevra 33 millions. La petite finale rapportera 29 millions au troisième et 27 millions au quatrième.
Et parce que ce Mondial se déroule aux États-Unis, la Fifa a décidé d’ajouter une nouveauté très américaine à son cérémonial. Pour la première fois de l’histoire du tournoi, les champions du monde recevront une bague de champion. Des modèles provisoires seront remis au capitaine et au sélectionneur dès le coup de sifflet final. Ils seront ensuite remplacés par une série limitée de 2 026 exemplaires personnalisés, numérotés et livrés avec leur certificat d’authenticité (30 pour l’équipe, 1 996 pour les supporters). La NBA a ses bagues. La NFL aussi. C’est désormais le tour de la Coupe du monde.
Les démocrates soutiennent l’Espagne, les républicains préfèrent l’Argentine
Même la finale est devenue un sujet de polarisation politique sur le sol américain. Selon un sondage YouGov réalisé auprès de 2 736 personnes, les sympathisants démocrates soutiennent davantage l’Espagne (29 %, contre 19 % pour l’Argentine), tandis que les électeurs républicains penchent vers l’Argentine (23 %, contre 19 % pour l’Espagne). Le plus amusant est ailleurs. Lorsqu’on demande aux personnes interrogées « qui va gagner » plutôt que « qui elles souhaitent voir gagner », même les démocrates optent plus pour l’Argentine (30 % contre 26 % pour l’Espagne). Comme quoi, Lionel Messi reste l’une des rares personnalités capables de mettre d’accord des électeurs qui ne s’accordent plus sur grand-chose.
Les Malouines poursuivent l’Argentine jusqu’en finale
La qualification contre l’Angleterre continue de produire des remous bien au-delà du football. Mercredi, après la demi-finale, Giovani Lo Celso, Nicolás Otamendi et Cristian Romero ont exhibé sur la pelouse d’Atlanta (Géorgie) une banderole portant l’inscription : « Las Malvinas son Argentinas » (« Les îles Malouines sont argentines »), alors que l’archipel demeure un sujet sensible dans les relations entre Londres et Buenos Aires, qui continuent de se disputer sa souveraineté.
À Londres, le gouvernement britannique démissionnaire de Keir Starmer a dénoncé une violation des règlements de la Fifa et réclamé une enquête. Le chef de file des libéraux-démocrates, Ed Davey, est même allé jusqu’à demander la suspension des joueurs impliqués pour la finale. La commission de discipline de la Fifa examine désormais le dossier, mais elle ne devrait se prononcer qu’après la compétition. L’affaire a ensuite pris une tournure diplomatique. Après avoir initialement dénoncé un « patriotisme bon marché », le président argentin Javier Milei a finalement soutenu ses internationaux à la radio El Observador : « C’est un sentiment qui habite tous les Argentins, et il est parfaitement licite et valide qu’ils veuillent l’exprimer. […] Effectivement, les Malouines sont argentines, et nous allons les récupérer […] sur le plan diplomatique. »
Dans le même temps, Buenos Aires a accusé la Royal Navy d’une « incursion militaire » dans ses eaux territoriales après le passage du patrouilleur « HMS Medway » près de l’archipel. Londres a fermement démenti, évoquant une simple mission logistique destinée à ravitailler des équipes scientifiques en Antarctique.



