L’officialisation de la nomination de Zinédine Zidane comme nouveau sélectionneur des Bleus tarde tellement qu’un éclair de génie est sorti de notre cerveau malade : et si le poste revenait à Pep Guardiola ? Après une décennie passée à Manchester City, le Catalan a quitté l’Angleterre et vu son amour pour Rayan Cherki, qu’il a recruté la saison passée avec les Skyblues, on imaginait bien le divin chauve (oui, encore un) vouloir prolonger l’aventure avec l’ancien Lyonnais. En sélection, donc.
Guardiola, Zidane ou Tartempion, peu importe, finalement. Mathis Rayan Cherki, premier du nom, fera le bonheur de tout le monde avec l’équipe de France, qu’il a rejoint il y a seulement un an face à l’Espagne, match au cours duquel il avait livré une prestation sensationnelle. Et ce n’est pas sa performance face à la Côte d’Ivoire (1-2), jeudi à Nantes, qui fera taire les Cherkistes, ces membres d’une secte qui enrôle des milliers de nouveaux adeptes à chaque sortie.
Au départ de beaucoup d’actions
Dans un stade de la Beaujoire habitué ces dernières années à voir des chèvres sur le pré, les supporteurs nantais ont enfin pu voir l’étoile du berger. Titulaire aux côtés de Kylian Mbappé, Michael Olise et Marcus Thuram, Rayan Cherki a été l’homme fort du trio (oublions la performance cataclysmique de l’Intériste), dans une position initiale d’ailier droit qu’on n’imaginait pas idéale, lui qui aime se retrouver au cœur du jeu.
Pas tellement trouvé dans les premières minutes de jeu, le nouveau n° 24 des Bleus (donnez-lui le 10 ou le 18, comme à la grande époque de l’OL) a commencé finalement à se balader un peu partout pour participer au jeu et tenter de l’accélérer, soit par des dribbles, soit par des déviations laser. Alors, oui, tout n’a pas fonctionné (12 pertes de balle, une occasion vendangée à la 31e alors qu’il était à peu près seul devant le but).
Une sorte d’échauffement avant le récital dans le dernier quart d’heure avant les citrons : un ballon en cloche dans la surface pour une tête surpuissante de Tchouameni, une frappe bien repoussée par Yahia Fofana et la cerise sur le gâteau pour ouvrir le score : une frappe croisée magnifique après avoir fait de Seko Fofana sa chose. Chapeau l’artiste, qui l’a, en plus, joué modeste après le match sur TF1 : « Sur le plan personnel, c’est une prestation normale, histoire de se mettre en jambes. »
Cherki plutôt parti pour être remplaçant
« Il a été très bon, a sobrement commenté Aurélien Tchouameni en zone mixte. Depuis le début de saison, avec Manchester City, on voit ce qu’il fait, c’est un élément très important pour notre équipe. Tout le monde est prêt à démarrer ou à entrer en cours de jeu. » Et c’est là tout le problème. Car la deuxième option ne devrait pas exister pour un tel joueur. Comme le disent certains entraîneurs, Rayan Cherki doit être « le premier nom coché » par Didier Deschamps sur sa feuille de match.
Malheureusement, pour le premier match de Coupe du monde contre le Sénégal, on risque de voir le petit génie chauffer le banc du MetLife Stadium de New York. Au début, tout du moins. Car, dans l’idée, Didier Deschamps partirait plutôt sur un quatuor Mbappé-Dembélé-Olise-Doué. Alors qui doit être sacrifié sur l’autel du cherkisme pour laisser sa place ? On pencherait pour le dernier, tout en changeant le dispositif avec Mbappé à gauche, Dembélé dans l’axe, Olise à droite et Cherki en n°10.
On signe où ? « Faudra demander au coach, a répondu le joueur de 22 ans. Ce qui est bien c’est qu’on a une cohésion extraordinaire, il n’y a pas de clans. On se taquine, on donne tout, tous ensemble, ça c’est merveilleux. On n’a qu’une seule vie, y’a des gens qui vivent des choses extrêmement compliquées, je ne peux pas me permettre de ne pas avoir le sourire et de ne pas procurer du bonheur à mon prochain. »
Une belle entente avec Michael Olise
Du bonheur, il en a procuré aux spectateurs, qui l’ont bruyamment ovationné à sa sortie du terrain comme aucun autre joueur, mais aussi à Michael Olise. Son entente avec le joueur du Bayern semble cousue de fil blanc, même si ce dernier a pratiquement tout raté face aux Ivoiriens, à l’image de son échauffement où il n’a pas marqué un seul but sur une petite dizaine de tentatives. Et on n’est pas les seuls à avoir observé ce début d’idylle. N’est-ce pas Didier Deschamps ?
« C’est une bonne chose. Après, sur la qualité technique, il n’y a pas de soucis. Le fait qu’ils puissent permuter, ça fait qu’on est moins prévisible pour l’adversaire. […] Rayan a beaucoup de qualités et il a eu une bonne complicité avec les autres attaquants. Quand tout le monde sera disponible, ça fera beaucoup de joueurs. »
Le sélectionneur a répété qu’il lui était difficile de faire des choix en attaque, tout en croisant les doigts pour que cela n’engendre pas de frustration chez ceux qui commencent sur le banc : « Ils ne pourront pas tous débuter, mais ceux qui entreront devront faire la différence. » Si tel est le sort réservé à Rayan Cherki, alors soit, acceptons-le. Ça sera pour mieux le célébrer quand il changera la face d’un match mal embarqué au Mondial. On en viendrait presque à souhaiter un but précoce du Sénégal. Qu’est-ce que tu nous fais faire, Rayan…



